Lettre au biologiste Jean Lemire


Après avoir vu le film "Le Dernier Continent" de Jean Lemire, Anne-Marie Roy, nutritionniste et vice-présidente de l'Association végétarienne de Montréal n'a pu faire autrement que d'écrire une lettre au scientifique et cinéaste écologiste afin de le questionner sur les habitudes alimentaires des protecteurs de l'environnement et de l'inviter à adpoter un régime végétarien pour sauver la planète.

Cette lettre qui allie la raison et la passion a retenu l'attention de l'équipe du journal Le Devoir qui l'a publié le 9 janvier 2008. Et cela ne s'arrête pas là, car Anne-Marie Roy sera invitée le 10 janvier prochain à l'émission de radio de Christiane Charette entre 9h et 10h (en reprise à 22h)pour venir expliquer et commenter cette lettre et débattre de la question du végétarisme sur les ondes de Radio Canada.

 

 

Voici le texte intégral

" Penser plus loin que sa langue !

Lettre au biologiste Jean Lemire

Nous sommes à l'heure de nous demander ce que nous pouvons faire de plus pour cette fragile planète. Si déjà on recycle, si on utilise les transports en commun, des ampoules écolo, etc., que pouvons-nous tous faire de plus?

Si vous avez lu un récent rapport de la FAO (une organisation de l'ONU en matière d'agriculture), vous savez que la production de viande et de ses dérivés est parmi les premières causes du réchauffement climatique.

On sait aujourd'hui que l'élevage intensif des bovins cause davantage de gaz à effet de serre que toutes les formes de transport, voitures, camions et avions réunis. Les bovins sont responsables de 37 % des émissions de méthane (une tonne de méthane équivaut à 23 tonnes de CO2), 65 % des émissions d'oxyde nitreux (une tonne d'oxyde nitreux équivaut à 296 tonnes de CO2) et 65 % des émissions d'ammoniac (qui contribuent aux pluies acides et à l'acidification des écosystèmes).

Pour produire une seule livre de viande, on a besoin en moyenne de dix livres de grain et de quantités inimaginables d'eau, soit plus de 9000 litres. Cette même livre de viande sera accompagnée de 40 livres d'excréments. Il faut huit fois plus d'énergie fossile pour produire de la chair animale que des végétaux. Il faut l'équivalent de 3,7 litres d'essence pour produire une livre de boeuf; toute cette énergie est nécessaire à l'alimentation de l'animal, à son transport ou à sa congélation et, surtout, aux fertilisants à base de pétrole nécessaires à la culture des céréales destinées aux boeufs et aux vaches.

Pour nourrir les animaux, on déboise de précieuses forêts, on épuise les terres arables et on contribue à la disparition de milliers d'espèces. La production animale occupe 70 % des terres agricoles et 30 % de la surface de la planète. Aux État-Unis, la production du bétail est responsable à 55 % de l'érosion des sols, à 33 % du contenu en phosphore et en nitrates de l'eau et à 50 % de l'utilisation d'antibiotiques. Tout ça pour satisfaire notre palais, mais à quel prix environnemental! Avant de manger, il faut dorénavant penser plus loin que sa langue.

Pour réduire les dommages environnementaux, le rapport de la FAO dit clairement qu'il est urgent de réduire au moins de moitié la production de viande. Pourtant, les prévisions vont dans l'autre sens: il se mangera deux fois plus de viande d'ici 2050.

Je crois que lorsqu'on est un modèle comme vous, un écologiste, on se doit de donner l'exemple. Dans votre film Le Dernier Continent, j'aurais beaucoup apprécié vous voir manger, sur votre voilier, des grains, des noix ou des légumineuses plutôt que du jambon et des grillades au barbecue.

Ma question pour vous est la suivante: pourquoi donc les environnementalistes contournent-ils continuellement ce sujet, comme si ce n'était pas sérieux? C'est pourtant sérieux, très sérieux! Un rapport du World Watch Institute révèle que «[...] peu d'écologistes suggèrent que le fait de manger de la viande rel[ève] du même degré d'importance que les questions soulevées par Amazon Watch, Conservation International ou Greenpeace. Or, à mesure que les sciences de l'environnement progressent, il devient plus apparent que l'appétit de l'espèce humaine pour la chair animale agit comme une force à l'oeuvre derrière presque chaque catégorie de dommages environnementaux menaçant l'avenir de l'humanité, soit la déforestation, l'érosion, les pénuries d'eau potable, les changements climatiques, la déstabilisation des communautés et la propagation de maladies».

Comme nutritionniste, mon but est de faire comprendre aux gens que trois fois par jour, en réduisant grandement leur consommation de viande, ils peuvent aider la planète et leur santé. Mais pour cela, j'ai besoin de l'appui des environnementalistes comme vous. Pourrais-je compter sur vous?

Anne-Marie Roy
Nutritionniste
Vice-présidente de l'Association végétarienne de Montréal
"

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