Changer son alimentation, un moyen d'agir pour la planète

 
Le 2 juin 2010, des experts regroupés par le PNUE ont révélé un nouveau rapport sur les principales sources de détérioration de l’environnement, et ce sont sans surprise la consommation des énergies fossiles et l’agriculture qui en sont les deux principaux acteurs. Plus spécifiquement, le rapport précise que « l'élevage de bétail pour la viande et les produits laitiers » ont en particulier « un impact disproportionné sur la vie des individus et sur les écosystèmes de la planète ». Ainsi, plusieurs données intéressantes concernant les impacts de l’agriculture sur l’environnement ressortent du rapport  (elles sont issues de toutes les données scientifiques actuellement disponibles à ce sujet):

- L’agriculture nécessite 70 % de l'eau douce consommée mondialement et représente 60 % de la pollution des eaux par le phosphore et l'azote;
- L’agriculture occupe 38 % de la surface du globe;
- En échos avec le rapport de la FAO (2006) qui affirme que l’élevage est à l’origine de 18 % de la production des gaz à effet de serre, le PNUE confirme ces résultats en révélant que l’agriculture est à l’origine de 19 % des émissions de gaz à effet de serre;
- L’agriculture entraîne 30 % de la pollution toxique en Europe;
- Les animaux consomment plus de la moitié des récoltes produites mondialement;
- À chaque augmentation de 50 % des richesses, les impacts environnementaux augmentent de 60 à 80 % dans les économies émergentes.


 

 

Risques et enjeux de l’omnivorisme sur le long terme 


Plus concrètement, le rapport met en exergue les problématiques liées à notre mode de production et de consommation: « épuisement des réserves d’eau douce et disparition progressive des écosystèmes économiquement vitaux comme les forêts par exemple; l'intensification de la propagation des maladies et du taux de mortalité; et enfin l'élévation des niveaux de pollution à des degrés insoutenables » (PNUE, 2010).


L’enjeu est de taille: avoir les capacités pour nourrir les êtres humains de manière durable. En effet, l’accroissement démographique exponentiel de la population mondiale, le développement des richesses dans les pays en développement (et plus particulièrement du BRIC - Brésil, Russie, Inde, Chine), et l’occidentalisation des modes de vie partout dans le monde sont à l’origine des besoins toujours croissant en viande, œufs et lait. La consommation mondiale de viande a quintuplé entre les années 1950 et 2000, et elle était de 229 millions de tonnes en 2001 et pourrait atteindre 465 millions de tonnes en 2050, tandis que la production de lait passerait de 580 millions de tonnes à 1043 millions (Notre planete.info, 2009). Malheureusement, les dégâts environnementaux causés par l’agriculture, et plus particulièrement l’élevage intensif, s’ajoutent à la note de la détérioration des conditions de vie des animaux durant les trois phases de leur existence (élevage, transport, abattage). Conséquemment, les besoins croissants pour nourrir la population mondiale en viande ne seront pas supportables pour la planète à moyen terme. La solution parait évidente mais elle a toujours plus de poids lorsqu’elle est proposée par des organisations internationales tel que le PNUE:

« une réduction substantielle des impacts ne serait possible qu'au moyen d'un changement de régime alimentaire dans le monde entier important et basé sur autre chose que les produits d'origine animale. »


Le végétarisme comme moyen d’agir en faveur de la planète

Le rapport fait donc clairement allusion à un mode d’alimentation végétarien qui nécessite une consommation moindre en ressources (eau, énergie, fertilité de la terre…). Par exemple, un kg de bœuf nécessite 15 000 litres d’eau tandis qu’un kg de céréales en nécessite 1300 (réf. : Water Foot Print). Cela s’explique par les besoins pour irriguer les cultures à destination de la consommation des animaux d’élevage, l’abreuvage et le nettoyage.


Les solutions pour amener le changement

Mais comment réduire les impacts environnementaux à caractère anthropique? Au niveau étatique, les solutions préconisées consistent en des « mécanismes de marché intelligents, des politiques budgétaires adéquates et l'élaboration de politiques créatives ». Au niveau des ménages, le rapport du PNUE préconise étonnement une plus grande responsabilisation des ménages au niveau de l’alimentation, de l’énergie, de l'utilisation des systèmes de chauffage, de la climatisation, de gadgets électroniques et des voyages.
Le rapport propose une répartition de la consommation d’énergie par les ménages (dans les pays de l’OCDE):
- L’habitation: 35 à 52 %  (construction de la maison et des meubles, utilisation d'énergie pour l'entretien, éclairage, confort, produits électroniques et électriques);
- Mobilité: 15 à 30 % (fabrication de véhicules, production de carburant, trajets);
- Alimentation: 10 à 20 %;
- Loisirs: 5 à 10 %;
- Vêtements: 3 à 5 %
 
Même si ce rapport n’apporte pas spécifiquement de données nouvelles, il permet de donner une crédibilité aux résultats déjà apportés à ce sujet à l’échelle internationale, et d’ainsi stimuler les décideurs politiques, les entreprises et consommateurs.


Réflexion sur quelques pistes menant au changement

Au-delà des points apportés par le rapport du PNUE pour réduire les impacts environnementaux liés aux activités humaines, plusieurs autres pistes pourraient être envisagées:

Dans un premier temps, il faut passer par une revalorisation des ressources car l’homme ne les respecte pas toujours suffisamment, alors qu’elles sont les bases de notre alimentation et de notre avenir. Ensuite, les systèmes de subventions incitatrices à la surproduction, en Amérique du Nord ou au sein de l’Union Européenne, sont un frein à l’efficience technique et aux innovations écologiques, car les producteurs sont poussés à produire plus en moins de temps possible (utilisation de nombreux produits polluants et toxiques: pesticides, herbicides, hormone de croissance, antibiotiques…). Le cas de la réduction des subventions en Nouvelle-Zélande est un bel exemple de la capacité des agriculteurs à trouver des solutions innovantes, en développant une des industries d’élevage des plus rentables et écologiques du monde. Enfin, parmi les systèmes préconisés par l’État, les agriculteurs qui apportent des services environnementaux pourraient être récompensés. Par exemple, des subventions pourraient être attribuées aux agricultures qui assurent une meilleure gestion des terres et des pâturages, en assurant ainsi le renouvellement des terres (la capacité de régénération de la terre devra être au moins égale à sa destruction), tandis que les partisans d’une agriculture plus polluante et moins respectueuse de l’environnement seront taxés (ex: produits pétrochimiques).

D’après Decary-Gilardeau et al. (2007), les changements pourraient s’effectuer relativement rapidement car le secteur agricole a la spécificité de s’adapter en peu de temps, comme on l’a constaté par le passé: en 15 ans (1965-1977), la production a augmenté tout en réduisant le nombre de ferme par deux; en huit ans (1977-1985), la capacité d’auto approvisionnement a augmenté de 27 %; en sept ans (1998-2005), la valeur des exportations a doublé.

Dans un second temps, ce sont les mœurs ancrés dans les sociétés qui doivent être modifiés et cela parait tout à fait concevable. Par exemple, une étude proposée par Allen et al. (2008) a mis en évidence que l’appréciation de ce qu’on mange est influencée par ce qu’on croit manger et par les valeurs qu’on associe à sa nourriture. En faisant une étude comparative de participants croyant manger un sandwich végétarien à la place d’un sandwich au bœuf et de participants croyant manger un sandwich au bœuf à la place d’un sandwich végétarien, les notes concernant l’arôme et le goût ont été identiques. Ces changements pourront s’effectuer à travers des initiatives éducatives auprès des jeunes dans les écoles, en modifiant l’alimentation proposée dans les cantines, et en sensibilisant la population par le biais de fermes-laboratoires qui montreraient les bénéfices économiques, environnementaux, sociaux et liés à la santé.

Puisque les êtres humains se contentaient d’environ 60 fois moins de viande il y a 60 ans, et que de nombreuses sociétés se passent de viande dans leur alimentation, l’hypothèse d’un retour en arrière parait un scénario possible. De toute manière, il faudra passer par là…
 
 
Sources:
- Allen M.W., Gupta R., Monier A., 2008, The Interactive Effect of Cultural Symbols and Human Values on Taste Evaluation, Journal of Consumer Research, August 2008, Vol. 35, p294-308
- Decary-Gilardeau F., Gendron C., Bisaillon V., 2007, De produire plus à produire mieux, Mémoire déposé à la commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, Les cahiers de la CRSDD, collection recherche No 15
 

 

administrateur4

Alexandre Gagnon est le fondateur principal de l'AVM. Il aime le tofu à toutes les sauces et il est webmaster de l'AVM depuis sa création.


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