Portrait d’activiste : Luis

Par Claude Samson

Je me propose de faire connaitre dans cette rubrique « Portraits d’activistes » des personnes engagées sur le terrain, connues ou non, en faisant apparaitre leur parcours, les étapes de ce parcours, les influences qu’ils ou elles ont reçues, leur rapport à l’alimentation, aux animaux, les changements qu’ont apporté leur « conversion » au véganisme dans leurs relations sociales.

Je vous présente aujourd’hui le portrait de Luis.

  • Bonjour Luis. On te voit partout ! Qu’il s’agisse du combat contre la fourrure, contre l’expérimentation animale, contre les calèches, contre le règlement concernant les pitbulls, contre le rodéo, tu es sur toutes les photos d’évènements ! Et cela remonte à loin… Tu as entre autres participé récemment à la marche contre la politique de la Ville en matière de gestion animale. Tu as des chandails de tous les évènements ?
    En plus du chandail de bénévole, j’ai même acheté des drums !
  • Qu’est-ce que tu as pensé de cette marche à Montréal ?
    J’étais un peu déçu qu’il n’y ait pas eu plus de monde. J’attendais mille personnes. On était cent cinquante peut-être. L’année dernière, il y avait mille personnes pour la marche des pitbulls. Les gens auraient dû venir plus nombreux. J’ai pourtant partagé l’évènement en masse. J’aurais aimé que Valérie Laplante soit là. Projet Montréal avait en effet suggéré que c’était une bonne idée de manifester. Ça aurait été bien qu’ils nous backent.
  • Qu’est-ce qu’on pourrait améliorer ?
    Il faudrait un micro et des amplis…
  • Est-ce que tu peux me parler de l’action menée à la Baie-d’Urfé contre l’expérimentation animale ?
    On y est depuis 14 semaines maintenant. Il s’agit d’un laboratoire où sont testés des produits nettoyants sur des macaques, des cochons, des rats, des lapins et des chiens. Des beagles. Les propriétaires de la place viennent du Japon, mais ils sont financés par le Canada…
  • Qu’est-ce qui s’y passe ?
    Les animaux qui sont à l’intérieur ne sont pas considérés comme à l’extérieur. La nouvelle loi ne s’applique pas. Ils ne sont pas considérés comme des animaux, mais comme des choses… Pourtant, on peut tester aujourd’hui tous les produits qu’on veut sans utiliser des animaux. Je vais demander à des compagnies qui n’utilisent pas d’animaux de faire une bannière explicite montrant à cette compagnie de la Baie-d’Urfé qu’ils ont des compétiteurs se passant de toute expérimentation animale pour les détergents.
  • Combien de personnes êtes-vous aux vigiles ?
    On est une trentaine. Il y a le même nombre de policiers à chaque fois, soit sept véhicules pour deux policiers. À l’heure de la sortie des employés, ils bloquent la rue pour protéger tout le monde. En plus de ça, la compagnie paye quatre gardiens de sécurité et un autobus scolaire pour faire la navette jusqu’à la gare située à cinq cents mètres.
  • Ça a été médiatisé ?
    Les images sont passées aux nouvelles. Il y a eu un reportage par W5CTV. Et nous mettons des vidéos informatives sur YouTube. On tente de faire passer le message aux employés qu’ils pourraient faire autre chose. Le but, ce serait qu’ils quittent leur job. D’ailleurs, j’ai vu des offres d’emploi, comme si certains employés avaient quitté leur poste… On n’est pas prêts de laisser tomber !
  • Comment ça se passe avec les employés ?
    Ils se mettent des chapeaux, des masques de chirurgien ou même des masques d’Halloween sur le visage, malgré la présence de la police. Il y en a même qui ont enlevé leur plaque d’immatriculation. Ils sont nombreux à attendre qu’on soit partis pour quitter leur lieu de travail…
  • Et avec la police, ça se passe comment ?
    On appelle la police deux jours à l’avance, soit le mercredi pour la manifestation du vendredi. La police est plutôt de notre côté compte tenu de certains comportements des employés en auto. Il y a des policiers qui ont failli se faire renverser !
  • Il n’y a pas eu un dépôt de plainte contre vous ?
    Une convocation à comparaitre a été remise à une personne pour n’avoir pas enlevé des photos d’employés sur une page une page Facebook. 269Life et Facebook sont emmenés en cour pour la même raison. Cette personne n’a plus été autorisée à approcher la place. Mais nous avons continué d’y aller. Nous disions que c’était une manifestation sans responsable.
  • Peux-tu me parler des vigiles contre la fourrure ? Il y a beaucoup de critiques, on a parlé de « harcèlement », de « sexisme », etc. Quel est ton point de vue sur tout ça ?
    C’est vrai qu’il y a des critiques, mais elles viennent de gens qui participent peu ou pas du tout aux vigiles. Quand tu as la personne en face de toi et qu’elle t’envoie promener, tu ne continues pas à parler doucement. Tu as deux secondes pour faire quelque chose. La majorité du temps, Derek — puisqu’on parle de lui — parle poliment aux gens. Mais quand il se fait insulter ou quand on lui dit « j’m’en fous des animaux ! », il devient plus direct et plus cru. Nous autres, on se met à la place des animaux comme si c’était notre famille proche. Si leur famille proche se faisait tuer chaque jour, ils ne parleraient pas doucement. C’est vrai, les choses auraient parfois pu être dites autrement. Mais on n’est pas là pour se faire aimer. On est là pour faire prendre conscience de la violence derrière tous les produits d’origine animale, à commencer par la viande. Les gens qui font la sourde oreille cautionnent la violence. Je ne dis pas que notre façon de faire est la meilleure, mais les gens qui ne font pas de vigiles ne voient pas la réaction des passants. De toute façon, c’est quoi une insulte par rapport à un animal qui se fait torturer ? Des fois, ça prend ça. Une question que la personne va se poser : pourquoi je me suis fait insulter ? Même si c’est des mois après.
  • Tu penses qu’une altercation peut avoir un impact positif à long terme ?
    Le message de compassion peut ne pas suffire. Une méthode plus « hard » peut être utile parfois. D’ailleurs, le but de la publicité, c’est qu’on s’en souvienne… peu importe qu’on l’aime, ou qu’on ne l’aime pas. Que ça se passe bien ou pas, il faut que ça se fasse. On fait ça pour les animaux, c’est ça l’affaire. Les animaux sont tués chaque seconde, tous les jours. C’est ça qui me motive…
  • Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre que de participer aux vigiles ?
    Un geste devrait être fait chaque jour pour aider la cause. Je donne des stickers à des enfants « pourquoi manger l’un et aimer l’autre ? », avec un chien d’un côté et un cochonde l’autre. J’ai aussi des pamphlets qui sont partis partout sur la planète. Je communique avec des gens de nombreuses nationalités. Je cherche des activistes qui font des vidéos sur YouTube. On n’a pas forcément besoin de faire du « face à face » avec les gens pour aider la cause.
  • Est-ce que c’est difficile de participer aux vigiles pour certaines personnes, selon toi ?
    J’inscris personnellement les nouveaux venus aux vigiles comme « amis » sur Facebook et je les réinvite à d’autres évènements. Mais c’est vrai que ce n’est pas tout le monde qui peut répondre aux gens. Il y a toutes sortes de personnes et il faut savoir à qui on a affaire quand on leur répond.
  • OK. On va revenir sur le présent tout à l’heure. Comme tu le sais, je pose toujours la question du rapport aux animaux dans l’enfance…
    Il y a eu un chat à la maison. Un chien aussi. Personnellement, ça m’a pris trente ans pour que je me décide à en prendre un.
  • Un mot sur ton enfance ?
    J’ai connu le rejet, l’intimidation et j’ai appris à dealer avec toutes sortes de gens. Même en face de l’agressivité, je fais comprendre que ça ne mènera à rien. Je fais passer que je n’ai aucune peur face à ça. Quand j’avais douze ans, je m’affrontais à des plus grands et je défendais les plus petits. Je suis contre toute injustice. De mon enfance à aujourd’hui, je me suis régulièrement interposé dans des situations conflictuelles. Y compris avec la police.
  • Comment en es-tu arrivé à changer ton alimentation ? Tu as d’abord été végétarien ?
    En fait, je n’ai jamais vraiment aimé le lait. Je n’étais pas porté vers les œufs ou la viande rouge non plus. J’ai pu manger un peu de poisson et de poulet. Vers l’âge de vingt-deux ou vingt-trois ans, je travaillais sur des plateaux de tournage, parfois soixante heures d’affilée : il fallait prévoir trois repas. J’achetais régulièrement un sous-marin végétarien au Subway : c’est ce qui se conservait le mieux sur la route. J’avais l’idée que je voulais « bien manger » et je suis d’abord devenu végétarien par choix santé.
  • Et le véganisme ?
    Je suis devenu végane overnight en décembre 2012. Ça faisait longtemps que je regardais des documentaires sur l’écologie, la planète, etc. Je cherchais à l’époque à me faire une idée sur toutes sortes de sujets, notamment les innovations techniques respectueuses de l’environnement. Je suis alors tombé sur un personnage qui m’a beaucoup marqué. Il s’agit de Laërcio Fonseca, diplômé brésiliende physique et d’astrophysique, qui se trouve en plus être un médium et un pratiquant de Taï Chi. Il fait des conférences sur YouTube au sujet de sujets aussi variés que l’horticulture, les animaux ou le yoga… C’est là, chez lui, que je veux aller un jour, pour le rencontrer, le remercier et continuer d’apprendre et d’évoluer…
  • Et c’est ce monsieur qui t’a incité à devenir végane ?
    Oui, c’est grâce à sa vidéo que je suis devenu végane en un jour… sans voir une seule goutte de sang. On y trouvait l’explication du fait que l’humain n’est pas fait pour digérer les produits animaux. Certaines recherches démontraient également que la consommation de la chair d’un animal entrainait du même coup la consommation… de la souffrance et de la torture. On sait que l’alimentation va influencer le caractère. Une expérience étonnante a été faite sur des échantillons de sang : on montre des images de violence ou à l’inverse des images de douceur à la personne dont le sang a été prélevé. Il y a une réaction immédiatement observable sur l’échantillon de sang prélevé ! Laërcio Fonseca racontait aussi l’histoire d’un homme qui n’aimait pas les chats. Sa vie était à l’envers et rien n’allait. Il s’est un jour rendu chez un maitre bouddhiste pour lui demander conseil. Ce dernier lui a dit ceci : « à partir de maintenant, si tu veux guérir, tu vas t’occuper de tous les chats perdus que tu rencontreras jusqu’à leur mort ». L’homme a suivi le conseil et tout a mieux été pour lui ensuite. Question de karma.
  • Et l’activisme ?
    Je suis devenu activiste peu après être devenu végane. Pas spécialement du fait de lectures.
  • Des films ? Des personnes ?
    Le film « Gandhi » m’a marqué. Un homme seul contre tous qui a fait bouger beaucoup de monde, en un temps pire qu’aujourd’hui. Le personnage de Martin Luther King m’inspire aussi. Quelqu’un qui croyait en ce qu’il disait. Ensuite, j’ai vu le « best speech » de Gary Yourovksy qui proposait des alternatives alimentaires.
  • Earthlings ?
    Je l’ai visionné en avance rapide. J’avais déjà compris. Il n’était pas nécessaire de revoir cette violence dont j’avais déjà conscience. Je me sens deux fois plus mal d’assister à cette torture en étant impuissant. Je n’en avais pas vraiment besoin. Il fallait juste que je connaisse le contenu pour le référer à d’autres personnes… J’estime que tout le monde devrait être obligé de le voir dès le primaire. Car c’est à cet âge qu’on se fait dicter que c’est correct. Si j’avais eu la chance de savoir étant enfant, je serais devenu végane aussitôt. Quand on était enfants, on savait ce qu’était l’amour et la compassion, puis on s’est fait dire que le lait et la viande, c’était normal. On n’y pense pas, à ça : il faut que la vache se fasse violer, puis se fasse enlever son veau… pour qu’on puisse avoir du lait. En plus, on ne nous a jamais dit qu’il y avait du pus dans le lait… À l’école, on se faisait donner un berlingot financé par une compagnie quelconque pour aider les enfants à déjeuner le matin. Pour ce qui me concerne, le lait, je n’y touchais pas. Mais si j’avais su ça en ce temps-là, j’aurais incité tout le monde à faire pareil !
  • Comment as-tu commencé à faire de l’activisme ?
    J’ai fait ma première vigile avec Résistance Animale en janvier 2013. Je trouvais ça cool : les gens se parlaient et il y avait des tables offrant des choses à manger aux passants. J’ai étudié les gens avant de savoir comment agir sans insulter personne, comment les aider sans rien dicter non plus. J’y allais aussi pour rencontrer d’autres véganes. En fait, j’ai longtemps posté des vidéos ou des images « graphic ». Peu le faisaient, donc je devais le faire. Mais je n’avais plus personne à qui parler…
  • Peux-tu me décrire ton alimentation ?
    Pour commencer, ça fait deux ans que je ne bois quasiment jamais d’eau. J’ai fait une semaine de vélo en ne consommant que des smoothies et de la salade. Je me suis prouvé que je pouvais en faire autant qu’un jeune. Pas de fatigue. Le cèleri contient 80 % d’eau. Pourquoi je prendrais de l’eau en plus ? J’ai vu un marathonien qui ne boit pas d’eau quand il court. Il mange des burritos. Sinon, j’essaie en général d’appliquer le cru jusqu’à quatre heures, sous la forme de smoothies — le (Rawtill4). Le soir, c’est : légumineuses (lentilles fèves, etc.), accompagnées de légumes cuits à la vapeur, qui sont bien plus nutritifs et qui ont bien plus de goût cuits de cette façon. Je ne consomme ni sel, ni poivre, ni sucre. Je me passe d’huile : aucune huile n’est bonne et on n’en a pas besoin. Sinon, je mange ce que je veux, quand je veux et autant que je veux. Rien ne me manque.
  • Et ta santé ?
    Je fais un test quatre fois par année et tout est bon. Avant de devenir végane, j’avais commencé à faire du cholestérol. Deux mois après être devenu végane, tout était OK. Après ça, je n’ai plus revu de médecin, sauf pour confirmer que tout allait bien. J’ai cet exemple en tête d’une femme qui avait un diabète et qui s’est mise au régime brocolis-asperges pendant un mois : elle a ensuite cessé toute prise de médicaments. Je recommande le site « Great vegan athletes ». Je l’ai souvent mentionné à des sportifs. Dans toutes les catégories de sportifs, il y a des véganes qui battent des records. Pour ce qui est de la prise de masse, un bol de lentilles chaque soir pendant un mois peut être efficace. Avec ça et en faisant du sport, j’ai pris dix livres de muscles en un mois.
  • Et tu te sens comment ?
    J’ai pu constater que tous mes sens étaient amplifiés depuis mon régime végane. Mon odorat est nettement plus sensible. Mentalement, je suis plus actif que je ne l’étais à vingt ans. Je peux parler à plusieurs personnes sur les réseaux sociaux tout en regardant un documentaire, par exemple.
  • Est-ce que ton véganisme a affecté tes relations avec ta famille ?
    Oui et non. J’apporte toujours des fruits et des légumes chez mes parents pour les inciter à changer. Et de la boisson d’amandes pour remplacer le lait. C’est plein de B12 pour ceux qui ont peur de manquer ! Mais ils n’ont pas envie d’entendre, même si les personnes de ma famille ont tous des problèmes de santé. Ma mère pense que le cholestérol est une affaire de génétique et qu’on n’y peut rien. Mes parents mangent toujours les mêmes choses, mais en leur apportant des fruits et des légumes bio, je les influence un peu quand même. En me changeant, j’ai changé d’autres personnes — proches — par l’exemple. Et j’en suis fier.
  • Et les amis ?
    Au début, j’ai posté beaucoup d’images montrant de la cruauté : animaux qui se font égorger, grenouille vivante dans une assiette, etc. Il y a quelques personnes qui m’ont effacé de Facebook... Bien des « amis » sont devenus des « zombies » : ils ne veulent pas évoluer, ne semblent pas vouloir réfléchir par eux-mêmes. Qu’est-ce qu’on fait sur cette planète ? On est là pour gagner de l’argent ? Pour avoir du « fun » ? Pour moi, on est là pour s’entraider les uns les autres. Je n’ai pas fait ma journée si je n’ai pas eu l’occasion d’aider quelqu’un.
  • Par exemple ?
    J’achète des caisses de légumes ou de fruits que je donne à des activistes qui les redistribuent ensuite à des sans-abris. Je dépose aussi des palettes de nourriture au refuge RR.
  • D’après toi, est-ce que la question de l’empathie se pose de la même façon selon qu’il s’agit d’humains ou de non-humains ?Je ne fais pas de différence : la souffrance, c’est la souffrance. Je ne comprends pas les gens qui ne comprennent pas ça. Pour moi, c’est la même chose. Je vais autant défendre un humain qu’un non-humain. Nous sommes là pour nous entraider et non pas pour détruire la planète.
  • Quelle est ta perception du mouvement végane aujourd’hui ? On progresse ?
    Contrairement à certains véganes, je considère que ça avance. Je vois des athlètes devenir véganes et battre des records, je l’ai dit. Je vois aussi des épiceries et des restaurants ouvrir. Ça peut inciter les gens à reproduire ce qu’ils ont consommé au restaurant. Aux vigiles, j’entends toujours des gens qui cherchent des arguments pour légitimer le fait de continuer à manger de la viande. Mais ça va évoluer de plus en plus vite avec Google, YouTube, Facebook. Tout ça rend l’information rapide, et tu peux apprendre énormément sur un sujet en peu de temps. On n’a plus d’excuses de ne pas savoir. Ensuite, il y a de nouvelles approches que je trouve intéressantes, comme le cube ou encore des chorales accompagnées à la guitare dans les centres d’achat (DXE : direct action). Il y a aussi le « pop-up shop végane » qui vient de naitre et qui offre une opportunité de connaitre des produits différents qui viennent d’apparaitre sur le marché, et tout ça dans une ambiance jeune et sympathique. C’est une opportunité de les tester et de discuter avec les vendeurs. Toutes les façons sont bonnes si tant est qu’on pense à réveiller les gens, pas juste à les informer. Par exemple, il y a encore des gens qui ne comprennent pas qu’en étant seulement végétariens, ils continuent de cautionner l’exploitation animale. En fait, on vote tous les jours en allant acheter un produit. Pour moi, être végane, c’est faire son possible, s’informer de nouveaux produits, de nouvelles façons de faire, en faveur de produits équitables et d’un monde sans torture.
  • Est-ce que tu perçois des divergences dans le mouvement ?
    Ce qui me déçoit, c’est qu’il y a beaucoup de chicanes. Il y a de forts caractères qui ne sont pas prêts à mettre leur ego de côté pour aller aider les autres organisations, pour s’unir en vue de manifestations ou de marches plus conséquentes. Je suis déçu que les gens ne comprennent pas que le nombre compte pour être pris au sérieux. J’ai quant à moi fait partie de tous les groupes possibles en mettant mon ego de côté.
  • Des suggestions ?
    Oui. L’important, pour commencer, c’est de garder des contacts après une vigile. L’important, ce n’est pas la manif, c’est après la manif ! Il faut aussi changer les vigiles de place pour aller chercher d’autres gens. Il faut partager sur Facebook à chaque fois que c’est possible. Là, déjà, tu viens de faire quelque chose en quelques secondes. On peut aussi essayer autre chose avec d’autres groupes, bref, changer de tactique, de public et de partenaires. Mais le plus important, c’est de mettre l’ego de côté.
  • Quel est ton point de vue sur les caméras dans les abattoirs ? Certains pensent que l’installation de caméras serait la première étape vers une diffusion large des images, favorisant ensuite une prise de conscience allant dans le sens d’une abolition future. D’autres pensent qu’il s’agit d’une mesure welfariste qui ne fera que rassurer les gens sur le respect des normes d’abattage, etc.
    Les caméras, c’est bien, car nous pouvons accumuler des preuves. L’idéal serait de laisser les images disponibles au public sur internet 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
  • Quel est ton point de vue sur la critique que certains font des campagnes ciblées ? Certains disent que s’attaquer à la fourrure fait passer le message que le cuir et la laine ne posent pas de problème. On accuse même parfois les anti-fourrures d’être sexistes… Il y a boycott par certains activistes des actions contre Canada Goose, par exemple.
    Les vigiles ciblées sont aussi bonnes que les autres. Tous les animaux ont le droit d’être défendus ! Le rejet des vigiles ciblées, je vois ça comme du spécisme. Pour ce qui me concerne, je participe à toutes !
  • Quel est ton point de vue sur cette idée des partisans d’une stratégie « politique » qui considèrent la stratégie de la conversion individuelle — qui correspond à ce que l’on fait la plupart du temps — insuffisante ? Avec cette idée que ça prendra des siècles pour changer les mentalités…
    Je suis actif sur le terrain, maintenant, et je vois le changement même s’il n’est pas aussi rapide qu’on pourrait le souhaiter. Tous doivent s’y mettre et pas attendre la politique ou autres gros organismes qui nous ralentissent !
  • Quel est ton point de vue sur l’idée que toutes les luttes sont liées (idée d’intersectionnalité des luttes), qu’il faut lutter contre toutes les oppressions à la fois ? Dans cette perspective, l’antispécisme serait en partie lié avec le féminisme, le combat des minorités (gays, lesbiennes, trans), etc. Cette intersectionnalité est-elle rassembleuse ou au contraire ne divise-t-elle pas les gens ?
    Oui, il faut tous les faire. J’aime bien participer à différentes choses et je le fais le plus possible. Pour moi, c’est la même cause : il s’agit de lutter pour les opprimés et contre l’injustice. We are all one. Je suis pour la libération animale, humains inclus. Pour ce qui concerne le mode d’action, toutes les stratégies sont bonnes : il faut faire quelque chose ! Si c’est différent, tant mieux ! Les gens sont différents, donc il faut trouver des moyens de toucher tout le monde !
  • Quel est ton point de vue sur les partisans de la non-violence qui condamnent l’action directe comme celles de 269Life ou le blocage des camions, etc. ?
    Les lois sont injustes et je respecte ceux qui sont prêts à perdre leur liberté, voire être bannis d’un pays, pour avoir sauvé des animaux prisonniers, maltraités, condamnés à mort pour être mangés ou utilisés comme produits. Ils ne sont pas des choses ni des codes barres !
  • Qu’est-ce que tu as pensé de la marche pour la fermeture des abattoirs du 17 juin dernier à Ottawa ?
    C’était OK, mais je suis très déçu du petit nombre des activistes présents, malgré l’aide de Montréal… Toronto est un exemple à suivre : j’ai adoré ! Et j’ai participé au « Direct Action » (DXE) après les deux marches. À Toronto, nous étions deux cents activistes lors d’une action dans un supermarché. Avec des pancartes et deux guitares, nous avons chanté « Animal libération » et nous sommes repartis tranquillement en chantant encore ! Personne n’a osé s’interposer. Même la police nous a ouvert les portes doubles au moment de sortir. À Ottawa, nous étions environ cinquante activistes à un « ribfest ». Un discours a été dit et nous avons déposé des fleurs devant les BBQ. Nous avons crié des messages et fait aller nos drums pendant plus de trente minutes, et ça, jusqu’à l’arrivée de la police. Car malgré l’intimidation de quelques-uns, nous sommes restés comme des rocs… Pour conclure la journée, nous sommes rentrés dans nos régions après un souper végane et une bonne bière dans un resto local.
  • Bon, sur cette note festive,il ne me reste donc plus qu’à te souhaiter un joyeux anniversaire, Luis !
    Merci. Namasté !

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