Le coût environnemental des protéines

Par Gonzalo Bilbao

Pour beaucoup de gens, lorsqu’on parle des protéines, le seul aliment auquel ils pensent est la viande. Effectivement, la viande est une source très complète de protéines. Mais ce n’est pas la seule. D’autres produits, comme ceux dérivés des animaux (le lait, le fromage et les œufs) et ceux d’origine végétale (les lentilles, le soya, le tofu ou le tempeh), sont aussi d’excellentes sources de ce nutriment. Mais le coût environnemental de chaque type de protéine est bien différent, et c’est là que les protéines d’origine animale se montrent les moins performantes.

L’année 2016 a été très importante pour la promotion des protéines d’origine végétale. Plusieurs organisations gouvernementales, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), ont mis en relief l’importance de faire une transition vers un mode de vie plus durable et sain, tout en remarquant l’importance de la diète.

Effectivement, la diète occidentale riche en produits d’origine animale est le principal moteur de la déforestation aujourd’hui1, et elle contribue significativement aux émissions de gaz à effet de serre2. Pour la santé, cette diète ne semble pas non plus être la meilleure. La consommation de viande, et particulièrement de viande rouge, est liée à l’excès de cholestérol et de gras saturés, au diabète, aux crises cardiaques, et à certains types de cancer3. En raison de leur haute teneur en protéines et autres nutriments comme le fer et de leur faible taux de gras saturés, les légumineuses représentent une alternative idéale à la viande. Et d’un point de vue environnemental, leur impact est très inférieur à celui des produits d’origine animale. Pour ces raisons, l’ONU a déclaré 2016 comme l’Année Internationale des Légumineuses4.

Le graphique suivant fait partie d’un des rapports publiés dans le cadre de cet éventement5. Il montre les émissions générées pendant la production et la manufacture de plusieurs produits, d’origine animale ou non, en équivalent de CO2. Cette mesure prend en compte le potentiel de réchauffement des différents gaz émis pendant le processus de production et le « traduit » à la quantité de CO2 nécessaire pour produire un tel réchauffement. Les résultats sont assez clairs : entre les aliments les plus polluants, on trouve majoritairement, ceux d’origine animale. Par exemple, on émet respectivement 27, 12.1, 6.9 et 4.8 kg de CO2 pour produire d’un kilo de viande de bœuf, de porc, de poulet ou un kilo d’œufs. La production d’un kilo de lentilles ou de tofu est responsable de l’émission de seulement 0.9 et 2 kg de CO2, respectivement.

 

Évidemment, la proportion de protéines dans chacun de ces aliments n’est pas la même. D'autres composants, comme l’eau et la fibre alimentaire, se trouvent aussi dans ces produits. Par exemple, un steak peut contenir jusqu’au 80% d’eau. Alors combien de CO2 produit-on pour obtenir un kilo de protéine pure, à partir de chacune de ces sources? Une autre étude publiée par la FAO l’explique2. Selon cette étude, un kilo de protéine pure est responsable de l’émission de 50 kg de CO2 pour la viande de porc, 45 kg pour la viande de poulet, et 35 kg pour les œufs. Pour les produits d’origine bovine, les quantités de CO2 émises sont encore plus préoccupantes : 75 kg pour un kilo de protéines de lait de vache, et 300 kg de CO2 pour la viande de bœuf! Par rapport à ces émissions, celles produites par kilo de protéine de soya (12.5 kg), de tofu (12.5 kg) ou de lentilles (3.6 kg) sont presque insignifiantes5.

Le fait de remplacer la viande et le lait de vache par des légumineuses et des produits dérivés (comme le tofu et le lait de soya) a de grands bénéfices, tant au niveau de la santé que de l’environnement. Par ailleurs, des guides de nutrition officiels comme celui de la France ont pris note indiquant que « la consommation moyenne actuelle de légumineuses est insuffisante et devrait être considérablement augmentée. [Celle-ci] devrait être pluri-hebdomadaire »6. Ce guide souligne aussi la nécessité de limiter la consommation de viande actuelle.

Est-ce que ça veut dire qu’on doit changer nos habitudes alimentaires du jour au lendemain? Pas nécessairement. Il est certain que plus rapidement on fait le changement, plus on évite d’émissions! On peut commencer par réduire sa consommation de viande à seulement quelques jours par semaine. Chaque repas sans produits d’origine animale nous rapproche du développement durable.

 

1.   sleeping_giants_of_deforestation_-_2016_forest_500_results.pdf. Available at: http://globalcanopy.org/sites/default/files/documents/resources/sleeping_giants_of_deforestation_-_2016_forest_500_results.pdf. (Accessed: 11th February 2017)

2.   Tackling Climate Change through Livestock. Available at: http://www.fao.org/3/a-i3437e/index.html. (Accessed: 15th March 2017)

3.   Smith, M. & Health, J. B. S. of P. Health & Environmental Implications of U.S. Meat Consumption & Production. Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health Available at: http://www.jhsph.edu/research/centers-and-institutes/johns-hopkins-center-for-a-livable-future/projects/meatless_monday/resources/meat_consumption.html. (Accessed: 15th March 2017)

4.   About | 2016 International Year of Pulses. Available at: http://www.fao.org/pulses-2016/about/en/. (Accessed: 15th March 2017)

5.   Pulses and Climate Change. International Year of the Pulses 2016. http://iyp2016.org/resources/documents/factsheets/180-pulses-and-climate-change-fao/file

6.   AVIS et RAPPORTS de l‘Anses relatifs à l’Actualisation des repères du PNNS : Révision des repères de consommations alimentaires - NUT2012SA0103Ra-1.pdf.

 

« L'opinion exprimée dans le cadre de cette chronique, est celle de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion, ni n'engage l’AVM »


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