Portrait d'activiste : Ashley

Par Claude Samson

Je me propose de faire connaître dans cette rubrique « Portraits d’activistes » des personnes engagées sur le terrain, connues ou non, en faisant apparaître leur parcours, les étapes de ce parcours, les influences qu’ils ou elles ont reçues, leur rapport à l’alimentation, aux animaux, les changements qu’ont apporté leur « conversion » au véganisme dans leurs relations sociales.Je vous présente aujourd’hui le portrait d'Ashley.

 

(L’entretien fut réalisé en anglais, puisque Ashley est anglophone.)

- Est-ce qu’on peut commencer par la question suivante : comment es-tu devenue végane ?

- Je ne suis pas devenue végane du jour au lendemain. Cela a commencé il y a douze ans, en 2006, lorsque j’ai regardé une vidéo de PETA montrant des abattoirs. Je n’ai pas mangé de viande depuis ce jour. J’ai graduellement supprimé les œufs. J’ai tout changé par étapes et j’ai arrêté le fromage il y a deux ans.

- Donc le premier déclic a été la souffrance animale ?

- Oui, le simple fait de voir ce par quoi passent les animaux. Ce n’était pas pour la santé.

- Qu’en est-il de ta santé depuis que tu es végane ?

- Ma santé s’est améliorée. J’avais une pression sanguine élevée et elle est normale aujourd’hui. J’ai aussi perdu du poids. La santé n’était pas une priorité pour moi, mais il est bon de savoir que tu aides les animaux en même temps que tu t’aides toi-même.

- Est-ce qu’il y a eu un impact sur tes relations familiales lorsque tu es devenue végane ?

- Ma famille comprend ma position. Mes parents ont même effectué quelques changements : mon père boit du lait d’amandes aujourd’hui ! Mais à 65 ans, il leur est difficile de changer leurs habitudes. Ils ne veulent pas savoir qu’on leur a menti toute leur vie. Mais j’y travaille. La nouvelle génération est plus ouverte. Mon frère est finalement devenu végane, par exemple.

- Et tes amis ?

- J’ai perdu des amis que j’avais avant. Quelques-uns n’aiment pas mon activisme, et disent que je leur impose mes croyances... Mais j’ai rencontré tellement de gens depuis. Chaque jour, je rencontre de nouvelles personnes.

- Et c’est important pour toi ?

- Oui, en effet. Il est important de s’impliquer dans la communauté végane parce qu’on peut se sentir très isolé dans ce « monde non végane ». Et le combat peut être difficile au plan émotionnel.

- As-tu été influencée par des films ?

- Je n’ai jamais regardé « Earthlings », sauf quelques extraits. Mais j’ai vu « What the health? » et « Cowspiracy ». Je recommande les films seulement à ceux qui ne sont pas véganes.

- Est-ce qu’il y avait des animaux domestiques à la maison quand tu étais enfant ?

- Des chiens. Mes parents nous ont appris à respecter et à aider les animaux. Ma mère est le genre de personne qui intervient quand elle voit un chien enfermé dans une voiture un jour de grande chaleur. Suivant son exemple, je le fais moi-même, encourageant les gens à ne pas passer leur chemin et à faire quelque chose. Avant de faire de l’activisme, je faisais du sauvetage de chats. Je prenais les animaux à la maison ou j’installais des abris à l’extérieur pour les chats ou les écureuils en hiver. Je le fais toujours... J’ai été impliquée à une époque comme volontaire dans un programme de la SPCA : « trap, neuter, release ». L’objectif était de contrôler la population des chats. Comme la formule l’indique, les chats étaient attrapés et relâchés après avoir été stérilisés.

- Est-ce que tu penses que la question de l’empathie est la même selon qu’on parle d’animaux ou d’humains ?

- C’est la même chose. Ils sont égaux. Le fait que les animaux ne parlent pas ne signifie pas qu’ils sont moins que nous. Et d’ailleurs, nous sommes des animaux nous-mêmes. Tous les animaux, comme nous, ressentent la douleur et éprouvent des émotions. Malheureusement, les gens vivent dans une bulle et se préoccupent uniquement de ce qu’il y a autour d’eux. Je connais des gens qui pratiquent la méditation, le yoga, avec un état d’esprit « peace and love », mais qui mangent néanmoins de la viande et portent de la fourrure. Même les gens qui se battent pour les droits humains ne font pas la connexion. Je crois pour ma part qu’on ne peut pas promouvoir la paix avec un animal mort dans son assiette !

- Comment ton activisme a-t-il commencé ?

- Eh bien, je suivais des activistes à Toronto et à New York qui m’ont inspirée. Montréal avait besoin de quelque chose de similaire à ce qui existe là-bas. J’ai assisté à des manifestations contre le cirque Shrine et également aux évènements de KARA, il y a quatre ans de ça. J’ai commencé lentement et je suis devenue plus active avec l’expérience. J’ai commencé en tenant une pancarte et en ne parlant à personne, puis je me suis mise à organiser mes propres vigiles et à scander des slogans au mégaphone. Si on est réellement passionné, cela nous fait sortir de notre zone de confort. Je me concentre uniquement sur la souffrance animale et c’est cela qui me pousse en avant.

- Que peux-tu me dire de l’action menée contre les laboratoires ITR ?

- Ça a commencé en mars 2017 après la diffusion du vidéo montrant ce qui se passait à l’intérieur. Personne ne savait auparavant. Nous étions 200 citoyens en colère au premier évènement en face d’ITR, lequel a été retransmis aux infos, mais très brièvement. Au même moment, nous nous sommes adressés au MAPAQ et au gouvernement canadien qui nous ont répondu qu’il n’y avait rien de mal dans ce qui se passait là-bas.

- Et ensuite ?

- Nous avons commencé à organiser une manifestation hebdomadaire (parfois deux par semaine) avec une moyenne de vingt personnes présentes. Seulement cinq à la fin... Ça a duré pendant neuf mois. Nous avons également mené des actions en centre-ville, montrant ce qui se passait à ITR. Je connais des personnes qui n’étaient pas véganes au début et qui le sont devenues, parce qu’elles ont été exposées à notre style de vie végane. Les manifestations reprennent ce mois-ci et nous nous attendons à une ou deux cents personnes à nouveau.

- Quel était l’objectif de cette présence ?

- Nous mettions de la pression sur les employés. C’est une sorte de « shaming method », le but étant de leur montrer que ce qu’ils font est mal...

-Vous avez eu des échanges avec eux ?

- Personne n’est venu nous voir, sauf des agents de sécurité d’ITR qui ont cherché à nous intimider.

- Qu’en est-il de vos rapports avec la police ?

- La police a toujours été respectueuse. Nous avions une bonne relation avec eux. Il est bien qu’ils soient présents en cas de problème avec des gens agressifs. Les policiers sont là pour protéger tout le monde, nous y compris.

- Et quelle a été l’efficacité de la manifestation ?

- Eh bien, nous avons vu de nouveaux visages en remplacer d’autres, ceci montrant que des gens avaient quitté leur emploi. Et également des offres d’emploi montrant qu’ITR manquait de personnel. Nous avons aussi causé des dommages économiques à la compagnie. Ils ont dû employer du personnel de sécurité 24 h/7 jours par semaine, louer un bus pour les employés (afin d’éviter tout contact avec nous), et faire installer une clôture autour de leurs immeubles. D’après un contact que nous avions à l’intérieur, cela a coûté des millions en dommages à ITR.

- Que penses-tu des critiques à l’égard des campagnes ciblées, versus une approche plus globale ?

- Je crois fortement que les campagnes ciblées sont plus efficaces qu’une approche abolitionniste. Les défenseurs de cette dernière veulent que le monde entier devienne végane, mais ce n’est pas réaliste, parce que 20 ou même 50 ans seront nécessaires pour y parvenir. Il y a plus de chances que nous obtenions des victoires avec les campagnes ciblées. Prenez un problème et mettez-y toute votre énergie : il se peut que vous obteniez une victoire de cette façon. De plus, il se peut que davantage de personnes soient exposées au véganisme au travers des campagnes ciblées. Par exemple, nous mentionnons toujours le véganisme alors que nous manifestons contre l’industrie de la fourrure. Je pense que parler de la fourrure ouvre le débat sur le véganisme.

- Quelle est ta perception du mouvement végane aujourd’hui ?

- Le véganisme est une sorte de révolution. Nous voyons de nouveaux commerces partout. Les changements sont rapides. Il y a dix ans, c’était difficile de trouver des produits végétariens. Ce n’est plus le cas.

- Et Montréal ?

- Je pense que nous avons beaucoup de potentiel, avec un nombre conséquent de véganes passionnés... et il y beaucoup de nouveaux qui se joignent à nos évènements. Je vois une grande amélioration depuis l’an dernier...

- Est-ce que tu penses que nous verrons un jour un mouvement unifié à Montréal ?

- Si je soutiens tous les groupes à Montréal du fait qu’ils font un très beau travail, il est possible qu’il y en ait trop, avec beaucoup de divisions. Parfois, les gens ne viennent pas à une manifestation juste parce qu’ils n’aiment pas quelqu’un. Ce ne sont pas des « évènements sociaux » ! Les animaux se fichent de savoir si vous n’aimez pas tel ou tel ! Parfois, les gens semblent plus préoccupés par leurs propres sentiments que par les sentiments des animaux. Mon objectif est de permettre à tous de se sentir à l’aise dans nos manifestations. Vous n’avez pas besoin d’appartenir à un groupe quelconque. Nous faisons tous partie de la même équipe. Nous devons garder à l’esprit ce qu’est notre objectif principal, ce pour quoi nous nous battons. Pour ma part, je veux pouvoir agir sans bannière. Nous devrions tous nous soutenir et il est important de ne pas se critiquer les uns les autres. Le plus important est de faire quelque chose dans lequel on se sent à l’aise.

- Comment transmets-tu ton message aux gens en ce qui concerne la fourrure ?

- À part les manifestations en face de Canada Goose, j’approche beaucoup de gens sur une base régulière. Aux heures de pointe, dans le métro, nous pouvons distribuer une centaine de flyers contre la fourrure. Les gens s’arrêtent parfois.

- Que pense-t-on de la façon dont tu abordes les passants dans la rue ou dans les magasins ?

- On m’a dit que j’étais agressive. En fait, l’agressivité est du côté de ce qu’on fait subir aux animaux. C’est ce que je réponds.

- Comment gères-tu les réactions des gens ?

- Je pense que l’activisme devrait être quotidien et c’est ce que je fais, même si ce n’est pas quelque chose de facile à faire. Je suis moi-même une personne timide et je n’aime pas la confrontation. Mais je pense aux animaux dépecés vivants. Vous n’avez pas à avoir peur si vous pensez aux animaux... Si je peux le faire, n’importe qui peut le faire aussi. Il s’agit juste d’utiliser sa voix et de ne pas rester silencieux.

- Qu’est-ce que tu penses de cette idée d’« intersectionnalité des luttes » ?

- Je ne crois pas dans l’idée de combattre toutes les oppressions ensemble. Je préfère les campagnes ciblées, même si être végane implique d’être contre toutes les formes d’oppression. Je pense que la fin de l’exploitation animale signifierait la fin de l’exploitation elle-même.

- Est-ce que tu penses que toutes les luttes sont au même niveau ?

- Les femmes ont des droits. Elles ont gagné leurs droits. En tant que femme, j’ai la liberté. On ne m’a jamais dénié aucun de mes droits. Je ne me compare pas avec une victime. Les animaux n’ont aucun droit. Ce sont eux qui souffrent le plus et leurs besoins de base sont niés. Nous devons nous concentrer sur les victimes d’aujourd’hui.

- Qu’est-ce que tu réponds à celles et ceux qui te reprochent de te soucier plus des animaux que des humains ?

- Si je voyais un être humain souffrir dans la rue, je serais la première à intervenir. L’idée que nous ne nous soucions pas des gens est fausse.

- Quelle est ton opinion à propos des actions de 269Life, telles que l’occupation d’un abattoir, par exemple ?

- Des gens ont fait des actions comme celles-là dans le passé. Je pense à Rosa Parks dans le bus. On a parfois besoin d’avoir un réel impact et parfois, les lois doivent être changées.

- Que penses-tu de l’idée de faire installer des caméras dans les abattoirs ?

- Je pense que c’est nécessaire. Rien d’« humain » ne s’y passe. Je ne pense pas que les gens seront capables de se dire que tout est OK. Les animaux ne sont pas bien traités. L’industrie n’a pas de temps pour ça. Seul le profit compte et les animaux sont traités comme des objets. La plupart des gens ne font pas la connexion entre la viande sous cellophane et l’animal vivant. (« Loin de la vue, loin de l’esprit »)

- Quel serait ton message aux véganes, si tu en as un ?

- Être végane n’est pas suffisant. On doit se mobiliser et se battre pour le changement. Je poste régulièrement ce que je fais. Je veux juste transmettre aux gens une inspiration et un encouragement pour qu’ils fassent la même chose. Et ça a marché jusqu’ici, je crois. J’encourage les gens à filmer et à poster sur Facebook pour la même raison.

- Merci Ashley.

« L'opinion exprimée dans le cadre de cette chronique, est celle de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion, ni n'engage l’AVM. »


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