Portrait d'activisite : Jean-Philippe

Par Claude Samson
 
Présentation de la rubrique 
 
Je me propose de faire connaitre dans cette rubrique « Portraits d’activistes » des personnes engagées sur le terrain, connues ou non, en faisant apparaitre leur parcours, les étapes de ce parcours, les influences qu’ils ou elles ont reçues, leur rapport à l’alimentation, aux animaux, les changements qu’ont apporté leur conversion au véganisme dans leurs relations sociales. Je vous présente aujourd'hui le portrait de Jean-Philippe.
  • Bonjour Jean-Philippe. Est-ce que tu peux me raconter ton parcours vers le véganisme? Y a-t- il eu des étapes?
    Je suis végétarien depuis plus de trente ans. J’ai vu un film qui m’a fait cesser toute consommation de viande. Cela s’appelait « Crimes cachés ». C’était un film des années 80 sur la vivisection. Il y avait un passage de deux minutes sur l’industrie de la viande. Deux semaines plus tard, j’étais végétarien. Ma mère était déjà végétarienne pour raison de santé, mais il n’y avait pas de question de santé dans mon affaire !
  • Est-ce qu’il y a eu d’autres films qui t’ont influencé, ou des livres, des gens?
    Oui, « Les Alimenteurs », « One Life », « Home », « Food Inc. » ou « Earthlings » plus récemment. Plus de films que de livres. Sinon, il n’y a eu personne en particulier à m’influencer.
  • Est-ce que tu as eu un animal domestique dans l’enfance?
    Vers l’âge de quatre ou cinq ans, je m’étais fait mordre par le chihuahua du voisin. J’avais développé une grande peur des chiens. Mon père a adopté deux chiots bergers allemands peu après, et cela m’a permis de vaincre ma peur des chiens. Mes parents aimaient les chats et les chiens. Ils ont même sauvé un chat qui avait été percuté par une voiture en payant de gros frais vétérinaires de leur poche.
     
  • Et ensuite?
    Vers l’âge de 14 ou 15 ans, je suis allé travailler un été dans une ferme. On faisait les foins, on ramassait les cailloux, on refaisait les clôtures. C’est à cette occasion que j’ai vu pratiquer l’insémination artificielle.
     
  • Est- ce que ton changement de régime alimentaire a changé quelque chose à ta santé?
    Même si je consommais déjà peu de produits d’origine animale, je me suis senti libéré quand je suis devenu végane…
     
  • Dans quel sens?
    Je me sentais mieux… L’alimentation végane m’a permis d’être plus léger face à l’adversité. Les épreuves difficiles sont passées plus facilement. J’avais beau être dans la merde jusqu’au cou parfois, avec des problèmes financiers par exemple, je me suis senti nonchalant.
     
  • Tu sentais plus d’énergie?
    Non. Je n’ai pas senti de différence au plan physique. C’était plutôt une plus grande capacité à faire face aux difficultés.
     
  • Est-ce que ça a été compliqué de changer d’alimentation?
    Non, ça n’a pas du tout été un problème. J’utilise de la compote de pomme en remplacement des œufs…Il y a dix ans, il n’y avait pas autant de produits. Aujourd’hui, il y a autant de faux fromages aussi savoureux que les vrais : on trouve du faux camembert, du faux, brie, etc. Ce n’est plus un problème. Pour ce qui concerne le beurre, je sais le faire moi-même.
     
  • Et qu’est-ce que tu penses de la fausse viande?
    Je n’en ai jamais eu besoin parce que je n’ai jamais tripé sur la viande… Quand j’avais trois ou quatre ans, sur ma chaise haute, je donnais la viande au chien derrière moi. Je n’ai aucun mérite. J’ai toujours détesté le jambon… J’ai bien aimé le poisson, le saumon ou la truite, mais quand je suis devenu végane, je n’ai pas eu de craving de ça…Je n’ai pas eu de manque pour le lait et les œufs : j’en consommais déjà peu.
     
  • Le passage au véganisme a-t- il eu un effet sur tes rapports à ta famille, tes amis?As-tu des amis non-véganes?
    Je n’ai pas d’amis non-véganes. Quant à ma famille, s’ils veulent me voir, c’est dans un endroit non-végane….Mes vrais amis sont devenus véganes, pas forcément à cause de moi.
     
  • Quelles sont selon toi les valeurs qui animent le mouvement végane?
    Amour, respect, compassion.
     
  • Et comment es-tu devenu végane?
    Déjà, en tant que végétarien, je n’utilisais pas de produits testés sur les animaux, par exemple. Et puis, aux alentours de 2009, j’ai vu sur internet des reportages sur la production laitière. Je consommais déjà très peu de produits laitiers ou même d’œufs…J’étais surtout déjà préoccupé par la cause animale. Bien avant d’être végane, je récupérais des chiens abandonnés pour les placer. On venait me les porter et je passais des annonces. J’ai pu en héberger jusqu’à cinq dans mon logement à une époque. J’arrivais à les replacer. Il m’est arrivé de sauver un chien promis à l’euthanasie.
     
  • Tu as participé à d’autres actions?
    Oui, j’ai fait partie, aux alentours de 2000-2001, d’un groupe nommé Global Action Network…Cette organisation était à l’initiative d’actions contre la chasse au phoque ou contre le foie gras, par exemple.
     
  • Selon toi, l’empathie à l’égard des humains est-elle différente de celle à l’égard des animaux?
    C’est la même chose. Je milite pour les droits sociaux aussi bien. Je me bats contre l’injustice, qu’il s’agisse d’animaux humains ou non-humains. À une époque, moi et d’autres nous chargions de ravitailler des sans-abris. Il existe toujours une page Facebook pour « Le frigo des écureuils » : on récupère des denrées alimentaires pour les frigos communautaires. On peut y déposer de la nourriture, mais on peut aussi en prendre. Personne ne gère ça, en fait. C’est à la disposition des gens.
     
  • As-tu participé à la marche pour la fermeture des abattoirs organisée par KARA?
    Oui. C’est leur troisième marche, en plus de leurs vigiles contre la fourrure…. Je me souviens d’une vigile pour la fermeture des abattoirs qui avait eu lieu en 2013. KARA a pris le relais ensuite… Je suis d’ailleurs content de voir que le groupe a étendu son action au delà de la fourrure. Il est clair que si on s’oppose à la fourrure, on doit aussi s’opposer à la laine et au cuir. C’est la même chose… Je pense également à des mouvements anti-calèches qui comptent encore parfois des omnivores dans leurs rangs. Ceci signifie que certains sont scandalisés par le traitement des chevaux tout en mangeant de la viande, comme si la vie d’un cheval avait plus de valeur que celle d’une vache, alors que c’est la même chose.
     
  • Sais-tu quand ont commencé les vigiles à Montréal?
    Vers 2010. Il n’y avait pas grand-monde à l’époque. D’ailleurs, je connais des personnes encore actives sur Facebook mais qui ne sortent plus. On comptait 15 ou 20 personnes aux vigiles il y a deux ans. Aujourd’hui on arrive en moyenne à 30 ou 40. Il y a plus de monde en automne et en hiver, parce que les gens sont plus disponibles qu’en été.
     
  • Est-ce que tu connais le Défi Cube? Cette démarche consistant à inviter des passants à entrer dans une tente pour y visionner des images… d’une réalité trop bien cachée?
    Oui. Le Défi Cube est efficace. Des personnes de cette équipe soumettent des questionnaires aux gens après avoir vu ces images. On voit que cette sensibilisation fonctionne… Ensuite, on leur offre un cupcake végane. C’est une façon de leur montrer qu’on peut déguster un gâteau n’ayant nécessité aucun produit d’origine animale, donc un gâteau n’impliquant aucune souffrance… Oui, c’est une bonne chose…
     
  • Y a-t-il selon toi des tactiques meilleures que d’autres?
    Je suis pour la diversité des tactiques. Il faut aller sur tous les fronts… Je pense d’ailleurs qu’il faut que les militants véganes soient présents dans d’autres évènements… Dans ce genre d’évènements où l’on milite pour les droits humains en général. Il faut y faire passer le message qu’il est nécessaire de militer pour les droits des animaux non-humains.
     
  • Je voudrais revenir sur la question des abattoirs. Que penses-tu de l’idée d’y installer systématiquement des caméras?
    C’est le souhait de L214 de voir des caméras dans les abattoirs. Selon moi, le message qui risque de passer, c’est : vous pouvez continuer à manger de la viande. Les caméras n’aboliront rien : ça va juste dire que c’est correct de consommer des produits d’origine animale… C’est comme l’agrandissement des cages que souhaitait également L214 il y a trois ans, ou les « poules en liberté » aujourd’hui. Ça ne fait que donner bonne conscience aux omnivores… Cela me fait penser aux « lundis sans viande ». Je ne partage pas cette façon de voir les choses.... Je suis pour la diversité des tactiques... mais pas ça.
     
  • Merci, Jean-Philippe.
    Bienvenue
 

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