Portrait d’activiste : Nik

Par Claude Samson

Je me propose de faire connaitre dans cette rubrique « Portraits d’activistes » des personnes engagées sur le terrain, connues ou non, en faisant apparaitre leur parcours, les étapes de ce parcours, les influences qu’ils ou elles ont reçues, leur rapport à l’alimentation, aux animaux, les changements qu’a apporté leur « conversion » au véganisme dans leurs relations sociales.

Je vous présente aujourd’hui le portrait de Nik.

Bonjour Nik. Je t’ai vu au Festival, je te vois aux vigiles, tu sembles assez occupé. Tu fais quoi en ce moment ?
En ce moment, on essaie avec Sara de finir notre travail relatif au Festival Végane. On a fait des vidéos de couverture et de promotion de l’évènement. Avec huit personnes dont Georges Laraque, Isabelle Gilenas, ou le Dr Jenkins. Pour chaque présentation, on fait une conférence en ligne d’une heure. Nous sommes également en contact avec les festivals d’Ottawa, Hamilton, Toronto, Halifax, pour leur offrir une couverture live de leurs évènements avec des photos et des vidéos comme pour Montréal.

Et encore ?
Nous avons participé à l’expo Pure Santé à Saint-Jérôme à la fin de l’été dernier. Ils ont des kiosques spécialisés dans les produits véganes et d’autres de santé, de fitness ou de yoga par exemple. La prochaine expo est prévue pour le mois d’avril 2017. La plupart des exposants ont des blogues de nutrition, de fitness, etc., avec pour objectif de remettre les gens en santé. Nous étions aussi à l’expo « Alimentation, toute la vérité » (« The truth about nutrition ») en juin 2016 : nous y avons rencontré le Dr Bali par exemple, ou Nathalie Rivière, qui est coach de vie certifiée par le PCRM (Physician’s Committee for a Responsible Medicine)… Beaucoup de gens aujourd’hui ont des maladies cardio-vasculaires liées à une alimentation trop riche en gras saturés et en cholestérol. Sara et moi-même sommes également instructeurs de fitness et préparons un certificat en nutrition qui permet l’accréditation en tant que diètologues. Le programme est inspiré des études de Campbell. Comme tu peux le constater, les livres sur le sujet ne manquent pas chez nous : le Dr Campbell évidemment, le Dr Neal Bernard, ou le Dr Esselstyn qui a mis des gens sous diète végane et qui est parvenu à stopper le développement de maladies cardiaques.

On va revenir sur ces questions de nutrition, mais d’abord, je voudrais te poser la même question que je pose à tous les gens que j’interviewe : est-ce qu’il y avait des animaux dans la maison de ton enfance ?
Deux perroquets et un chien.

As-tu eu des contacts avec des animaux de ferme étant enfant ?
Oui. C’était en Russie, dans le chalet de mon grand-père adoptif. J’avais sept ans : on m’a forcé à boire du lait de chèvre… Je n’ai pas aimé ça ! C’était encore chaud !

Comment la question du véganisme est-elle arrivée dans ta vie ?
Il y a d’abord eu une étape végétarienne d’une durée de sept ans. Ça a commencé en 2007. C’était une question d’éthique. C’est à une vigile qu’on m’a mis entre les mains des pamphlets, de Peta par exemple, donnant des informations sur la viande. Cela m’a amené à questionner la souffrance des animaux. J’ai vu des vidéos de cochons qui m’ont perturbé. Puis des vaches, des poulets, des poissons. À l’époque, je discriminais les animaux en fonction de leur intelligence, supposant qu’ils ne souffraient pas tous autant. Je pensais qu’un poulet n’avait pas les mêmes capacités de compréhension qu’un cochon, par exemple.

Et ensuite ?
J’ai fait du bénévolat dans une auberge pour chats il y a huit ans, à Laval. On faisait du sauvetage de chats errants. La responsable, aujourd’hui âgée de 70 ans, leur installait des abris. On continue d’ailleurs de placer des chiens et des chats, à les conduire chez le vétérinaire. On fait partie de deux réseaux.

Et tu es devenu végane comment ?
À l’époque dont je te parlais tout à l’heure, je ne voyais pas encore le problème pour les œufs et le lait. Quand j’ai rencontré Sara, elle n’était pas végétarienne. Elle a commencé à me questionner sur mon végétarisme. C’est elle qui m’a fait remarquer que végétarien, c’était insuffisant. Il y a eu « Earthlings » aussi. En 2007, j’avais tenté de le regarder, mais j’avais dû m’arrêter à la scène où un chien est jeté dans la benne à ordures. Ça a mis sept ans pour que je parvienne à visionner le film en entier. On l’a regardé en pleurant tous les deux. C’est « Earthlings » qui nous a rendus véganes d’un coup, alors que Sara n’était végétarienne que depuis six mois !

Et ensuite ?
Après le film, entre 2013 et 2014, on a fait un voyage de dix mois en sillonnant l’Amérique du Nord. Dans chaque ville, on a pu trouver de quoi manger végane. De nouvelles places véganes apparaissaient partout, même à Hawaï. On a fait aussi un séjour en Thaïlande, au Cambodge, en Malaisie — où il était facile d’être végane —, et même au Japon. Tous les produits « sans violence » sont marqués en Thaïlande. On s’en est fait tatouer le symbole sur le poignet.

Y a-t-il eu d’autres films qui t’ont marqué ?
Oui, « Forks over knives », pour ce qui concerne la santé, « Cowspiracy » pour l’environnement. Les discours de Gary Yourovsky m’ont également marqué. Et j’ai aussi découvert le site du Dr Greger : « Nutritionfacts.org ». On y apprend que n’importe quel problème de santé est relié à l’alimentation. Et que l’alimentation végane est optimale pour la santé. Avant cela, c’était d’éthique dont on parlait avec les gens. On parle beaucoup de santé aujourd’hui.

Est-ce que votre véganisme à tous les deux a eu une incidence sur votre relation à vos familles ?
Ils respectent le fait qu’on soit véganes. Ils cuisinent végane quand on y va. On est en processus d’apprendre comment “être en société”. On met plus d’énergie sur des personnes qui sont intéressées et surtout, on accentue plus notre propos sur du positif : « mange ceci ou cela parce que c’est bon pour ta santé » plutôt que « ne fais pas ci ou ça ». Des amis à nous sont devenus véganes à notre contact.

Vous avez deux chiens et un chat ? Ils mangent « végane » aussi ?
Quand on est revenus de voyage, on a récupéré nos chats qui étaient hébergés. On a alors commencé à s’interroger : est-ce juste de tuer des animaux pour nourrir les nôtres ? On a commencé à récupérer des restes de viande dans les restaurants. On pensait alors que c’était nécessaire pour les chats. J’ai appris l’existence d’aliments véganes pour chats aux USA. Cette alimentation végétalienne pour animaux de compagnie existe depuis 1986. J’ai appelé et on en a fait venir pour ensuite en revendre autour de nous. On a aujourd’hui une compagnie pour nourriture pour chiens et chats. On importe d’Italie et des USA. On est deux au Canada. Moi et Sara couvrons le Québec. L’autre distributeur est situé à Toronto et couvre l’Ontario. Notre « magasin » est en ligne : VGRRR.com, pour ne pas le citer. Cela fait un an qu’on fait ça. C’est un jeune business, pas encore tout à fait rentable.

Et les animaux s’y adaptent ?
Oui. Pendant un temps, on a hébergé des chiens et des chats. On en a hébergé deux ou trois cents en tout, sur une période de quelques jours à un mois. Ils étaient mis à la diète végane en arrivant et tout s’est toujours bien passé : ils n’ont eu aucune réaction. Avec les chats, c’était un peu plus dur. Mais il y a une marque (“Amicat”) qui fabrique un produit de qualité dont les chats apprécient le goût. C’est moins cher que la nourriture non végane vendue chez les vétérinaires.

Je me pose la question : avec quoi fabrique-t-on les aliments traditionnels pour chats et chiens ?
En fait, la nourriture ordinaire pour animaux de compagnie est d’abord issue de la transformation de ce qui n’est pas consommable par les humains. On y trouve des viandes expirées des supermarchés, des déchets des abattoirs, mais aussi des animaux euthanasiés. Tout ça est envoyé, dans chaque municipalité, dans un établissement d’équarrissage. On récupère les protéines et les gras, qui sont transformés en farines, lesquelles sont ensuite revendues. On y rajoute des vitamines puisque les nutriments ont été détruits par l’incinération. Ces farines sont pleines d’agents pathogènes. On y trouve l’aflotoxine par exemple, cette toxine découverte en 1980 par le Dr Campbell, qui est cancérigène.

Puisque tu parles de Campbell, est-ce que tu peux rappeler en quelques mots l’incidence de la consommation de protéines animales sur le développement du cancer ?
La consommation de protéines végétales implique de restructurer les séquences d’acides aminés pour les reconstituer dans notre corps. Quand on consomme des protéines animales, ça va plus vite. Donc, le fait de consommer des produits animaux accélère la croissance du cancer. Quand ça va trop vite, le corps n’a pas le temps de faire les corrections face aux mutations des cellules.

Quel conseil tu donnes en matière d’alimentation ?
Le plus important est de consommer complet, de s’en tenir à ce qui est minimalement transformé. Sinon, de consommer beaucoup de fibres, afin de digérer facilement et de nourrir la flore intestinale. Et évidemment, les quatre fondamentaux : légumes, fruits, légumineuses et grains entiers.

Je reviens aux animaux : est-ce que tu penses que la question de l’empathie se pose dans les mêmes termes, qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux ?
En faisant de la « rescue », j’ai eu beaucoup d’animaux qui sont morts dans mes bras. Un chat empoisonné par exemple… Oui, l’empathie est la même. Nous avons eu un chat qui a totalement changé ma perception des chats. On dit des chats qu’ils sont territoriaux avant tout, mais il se comportait comme un chien : il me suivait, nous faisait des « massages », buvait l’eau du robinet. Ce chat-là voulait être avec toi. C’était notre meilleur ami.

Selon toi, où en est le mouvement végane aujourd’hui ?
Le Dr Oz dit « Go vegan ». C’est un gros boom. Je pense aussi à ce qui se passe en Australie : les voitures de police qui escortent les camions vers l’abattoir. Le clash avec la police est un bon signe. On en est à la phase « résistance ». Tu sais, la fameuse phrase de Gandhi : d’abord, une idée nouvelle est ignorée, puis ridiculisée, puis combattue…avant d’être acceptée.

Et les vigiles, tu en penses quoi ? Le fait qu’il y ait si peu de gens ?
Le pouvoir est dans le nombre. Ça peut parfois être difficile, c’est vrai, mais on trouve beaucoup de support et des gens qui pensent comme nous. Ça pompe de l’énergie à  l’occasion, mais on essaie de rendre ça créatif en ajoutant des projets de photos/vidéos. Autrement dit, on essaie de trouver une façon créative de faire de l’activisme.

J’aimerais avoir ton avis sur les divergences de vues qui semblent diviser les gens dans la « mouvance animaliste »… Tout d’abord, quel est ton point de vue sur l’opposition welfarisme/abolitionnisme ? Par exemple, certains pensent que l’installation de caméras dans les abattoirs serait la première étape vers une diffusion large des images, favorisant ensuite une prise de conscience allant dans le sens d’une abolition future. D’autres pensent qu’il s’agit d’une mesure welfariste qui ne fera que rassurer les gens sur le respect des normes d’abattage, etc. Quel est ton avis ?
En ce qui concerne les caméras, je comprends l’idée welfariste derrière ça, l’idée de rassurer les gens en les déculpabilisant et les déresponsabilisant. Mais le fait que les gens voient certaines images peut aussi les sensibiliser à la cause. Jusqu’ici, je voyais ça comme une étape qui irait dans le sens d’une sensibilisation du public. Mais il est important que les images soient accessibles à tous. Il faudrait que quelqu’un d’extérieur à l’industrie y ait accès. D’ailleurs, qui le premier a poussé dans le sens de l’installation de caméras dans les abattoirs ? Je me pose la question.

Quel est ton point de vue sur la critique que certains font des campagnes ciblées ? Certains disent que s’attaquer à la fourrure fait passer le message que le cuir et la laine ne posent pas de problème. On accuse même les anti-fourrures d’être sexistes. Il y a boycott par certains activistes des actions contre Canada Goose, par exemple.
Je suis d’accord avec ces campagnes aussi longtemps qu’elles sont une ouverture vers le véganisme. Les personnes sensibilisées aux animaux chassés peuvent faire le lien avec les autres animaux. Il faut que ces campagnes soient organisées par des véganes avec la bannière végane.

Qu’est-ce que tu penses de l’idée selon laquelle toutes les luttes sont liées, qu’il faut lutter contre toutes les oppressions à la fois ? Dans cette perspective, l’antispécisme serait en partie liée avec le féminisme, le combat des minorités (gays, lesbiennes, trans), etc. Cette « intersectionnalité des luttes » est-elle rassembleuse ou au contraire ne divise-t-elle pas les gens ?
Tout le monde peut se retrouver dans une définition simple. On peut cibler la lutte sur l’exploitation animale. Le cadavre, là, sous tes yeux, c’est concret : c’est une vie qui a été enlevée. On parle d’animaux qui continuent d’être exploités. Cela n’a rien à voir avec des « offenses sociales » ou des conflits sur des points abstraits.

J’ai lu une critique tout récemment de la part d’un partisan de la « non-violence » qui condamnait l’action directe comme celles de 269Life ou le blocage des camions. Tu en penses quoi ?
Je suis pour le blocage des camions. Des moyens radicaux sont nécessaires parce que ça touche les gens au niveau émotionnel. C’est pour moi de la résistance non violente. C’est super pacifique.

J’ai entendu un activiste très connu émettre une critique sur des affiches visibles lors des vigiles. L’image critiquée, nommant clairement le spécisme comme adversaire, était celle où l’on voit un veau et un chien l’un à côté de l’autre : « pourquoi aimer l’un et manger l’autre ? ». L’idée était que l’antispécisme montré de cette façon laisse de côté la question majeure de la domination humaine sur les autres espèces. Elle la passe sous silence, en quelque sorte, alors que c’est la question essentielle, toujours selon cette personne. Tu en penses quoi ?
Je crois qu’il est mieux de parler de la différence entre le veau et le chien quand on parle de spécisme. Mais cela dépend avec qui on parle. C’est comme des étapes selon le niveau de conscience des gens. Je pense qu’il faut s’arrêter aux chiens et aux chats avec des gens qui mettent l’humain sur un piédestal.

Quel est ton point de vue sur cette idée de certains que la « stratégie de la conversion individuelle », c’est à dire ce que les véganes font la plupart du temps, prendra des siècles pour changer les mentalités ? Et qu’il faudrait donc privilégier une stratégie plus « politique » ? 
Je pense que chaque personne végane sauve des centaines d’animaux chaque année. Toutes les stratégies ont du mérite. Un individu qui devient végane va en parler autour de lui… Je pense que c’est à chacun de trouver sa façon de faire. Fais-le de la meilleure façon pour toi. Sois créatif avec toi-même. Il faut que ce soit gratifiant. Quant aux critiques, elles permettent de réviser nos points de vue et de renforcer la communauté. À condition qu’elles soient respectueuses, et à condition aussi de ne pas les prendre trop personnellement ! Il est vrai que la question de l’identité est très présente. Il y a comme un vide à combler chez certaines personnes qui ont besoin de ce conflit que le véganisme propose. Ça donne parfois un sens à la vie. Se sentir messager peut être porteur d’identité. Néanmoins, je crois qu’il ne faut pas se perdre dans le mouvement, mais trouver sa propre façon créative d’être.

On va s’arrêter sur cette note positive. Merci, Nik.
Merci à toi.

 

« L'opinion exprimée dans le cadre de cette chronique, est celle de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion, ni n'engage l’AVM »


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