Spécial Rodéo - Portrait d’activiste : Rocksan

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Par Claude Samson

Présentation de la rubrique :
Je me propose de faire connaitre dans cette rubrique « Portraits d’activistes » des personnes engagées sur le terrain, connues ou non, en faisant apparaitre leur parcours, les étapes de ce parcours, les influences qu’ils ou elles ont reçues, leur rapport à l’alimentation, aux animaux, les changements qu’a apporté leur « conversion » au véganisme dans leurs relations sociales.

Je vous présente aujourd’hui le portrait de Rocksan.

  • Bonjour Rocksan. Je me souviens t’avoir vue poser des questions au conseil municipal. Est-ce que tu pourrais me rappeler quelles étaient ces questions ?
    Je me suis présentée aux conseils de mon arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie à deux reprises pour poser des questions concernant la Législation visant des races particulières (LRP). Quand l’administration Coderre a annoncé qu’elle voulait modifier le règlement sur la gestion animalière et y inclure une LRP, ça m’a vraiment choquée. Je ne peux croire qu’en 2017, on pense encore que c’est la solution pour sécuriser nos sociétés. La LRP est coûteuse, injuste et inefficace pour réduire les risques et la sévérité des morsures de chiens. Tous les experts en la matière se sont prononcés contre la mise à mort de chiens en parfaite santé et sans danger pour la société. Cette législation se fonde sur l’apparence physique, alors que ces chiots et ces chiens visés vont continuer de naitre et qu’ils se retrouveront en refuge ou seront encore abandonnés. Ce règlement va à l’encontre du Code civil du Québec octroyant aux animaux le statut d’êtres sensibles et de la Loi 54 sur le bien-être et la sécurité de l’animal. De plus, il ne prend pas en compte le fait que chaque transfert canin coûte environ 1 000 $, que les organisations à but non lucratif qui s’occupent de la protection, du contrôle et du bien-être animal sont largement sous-financées et qu’elles ne pourront transférer 100 % de ces chiens vers d’autres refuges par manque de ressources. Il faut savoir que le modèle de l’Ontario sur lequel ce règlement se base engendre l’euthanasie de plus de 1 000 chiens par année.
  • Qu’est-ce qu’on t’a répondu ?
    « Nos experts nous assurent que ces types de chiens sont dangereux », et lorsqu’on a demandé « quels étaient ces experts ? », ça a été le silence radio !
  • Quelle est la situation au Québec, en ce qui concerne les animaux de compagnie ?
    Des milliers d'animaux de compagnie sont euthanasiés chaque année au Québec. L’élevage est toujours légal et il y a plus de deux mille usines à chiots dans la province. Les refuges débordent et il n’y a pas assez d’humains pour les adopter et en prendre soin. On pourrait commencer par mettre l’accent sur l’éducation ainsi que sur la stérilisation. Pourquoi continuer la reproduction des animaux quand on peut les adopter et sauver des vies ?
  • Tu as posé une question relative aux chevaux de calèches, aussi ?
    Oui. J’ai demandé à Denis Coderre à quel momentil rendrait public le rapport effectué par le groupe de lobbyistes « Cheval Cheval », une organisation qui fait la promotion de l’utilisation des chevaux en milieu urbain. Le 19 décembre 2016, le Maire Coderre avait promis de rendre public ce rapport. Nous sommes le 19 août 2017 et le rapport n’est toujours pas public. Une demande d’information a été envoyée à la Direction des services administratifs et au greffe de Ville-Marie. J’ai reçu une réponse indiquant que cette information n’était pas du domaine public. Plusieurs organisations continuent de travailler sans relâche sur ce dossier. Enfin, j’ai récemment demandé au maire lors d’un conseil de ville quelles preuves auraient suffi à son administration pour faire annuler le rodéo.
  • Et qu’est-ce qu’il a répondu ?
    Il a dit que c’était une question « hypothétique »… et qu’il attendrait de voir l’issue du rapport du comité d’experts mandatés par Me Alain Roy, du ministère de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et des organisateurs du rodéo de Saint-Tite.
  • Tu peux revenir sur le début, avec le rodéo ?
    Depuis décembre 2016, tous les mois, il y a des gens qui se présentent aux conseils de ville et qui posent des questions au sujet du rodéo. Plusieurs organisations de défense des droits des animaux s’opposent au rodéo. Plus de 650 vétérinaires du Québec ont signé une lettre adressée au Maire pour annuler le rodéo. Plusieurs pétitions circulent dont celle de la SPCA de Montréal avec déjà plus de 26 000 signatures.Des vigiles anti-rodéo organisées par Association Terriens ont eu lieu toutes les deux semaines durant l’été dans le Vieux-Port. Enfin, le parti officiel de l’opposition, Projet Montréal, a à cœur la sécurité de toutes et de tous et propose dessolutionsprogressistes en matière de gestion animalière,à commencer par sa position contre la LRP, l’élimination des calèches et l’interdiction des rodéos à Montréal.
  • Que sais-tu au sujet du rodéo qui va avoir lieu dans quelques jours à Montréal ?
    La monte de chevaux et de taureaux, le terrassement du bouvillon et la prise du veau au lasso sont des épreuves qui sont sanctionnées par les organisateurs du rodéo de Saint-Tite, les mêmes que ceux organisant le NomadFest. Ils ont décidé de ne pas programmer ces deux dernières épreuves, sûrement parce que les Montréalais(es) ne les auraient jamais cautionnées. Lors de vigiles de l’organisation Association Terriens, j’ai régulièrement entendu : « je ne suis pas capable de voir les petits veaux se faire attraper au lasso. »

 

  • Donc on a gardé la monte de chevaux et de taureaux, c’est ça ?
    Exactement. Des sangles et des éperons sont utilisés pour faire réagir les animaux. Il y a des risques de blessures physiques, mais aussi psychologiques, selon le médecin vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun. Les éperons peuvent, entre autres, causer des ecchymoses internes. Sur ces questions, Anie Samson, vice-présidente du Comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable de la sécurité publique et des services aux citoyens,nous a référé au guide du bien-être animal du NomadFest. Or, il y a une jument nommée Grady qui est décédée lors d’un rodéo à Saint-Tite le 28 mai dernier. Elle est morte à l’âge de six ans et entamait sa troisième année de rodéo. Le guide, qui prévoit que les chevaux doivent rester aux champs jusqu’à l’âge de cinq ans afin de leur permettre de terminer leur développement musculaire et osseux, n’a pas été respecté dans son cas…
  • Et au bout du compte, il se passe quoi ?
    Le rodéo aura lieu entre le 24 et le 27 août. Il y a cependant un comité formé d’experts mandatés par Me Alain Roy, le MAPAQ et les organisateurs du rodéo de Saint-Tite, qui aura comme mandat d’identifier les normes de conduite en matière de bien-être et de sécurité des animaux utilisés dans les rodéos au Québec. Une campagne de levée de fonds pour payer les coûts reliés au travail des experts est également en cours : https://www.gofundme.com/Rodeo-illegal-Rod-o-ill-gal 
     

Quatre manifestations pacifiques organisées par Association Terrienset Kébek Animal Rights Association (KARA)sont prévues à la Place Jacques-Cartier, dans le Vieux-Port de Montréal du 24 au 27 août entre 18 h 30 et 20 h 30 :

Nous devons créer un mouvement sans précédent contre l’utilisation des animaux à des fins de divertissement au Québec. Toutes les personnes sensibilisées à la cause devraient se présenter à ces évènements.

  • Comment tu as vécu ce passage au Conseil Municipal ?
    C’est stressant de se pointer à l’Hôtel de Ville ou aux différents conseils d’arrondissements pour dire ton point de vue, mais en même temps, c’est un bon moyen de faire entendre ses inquiétudes et comme tout cela est filmé, ça reste dans les archives. Au final, c’est satisfaisant. J’ose espérer que cela pourra sensibiliser quelques un(e)s et que cela fera germer des idées dans la tête de certain(e) élu(e)s.
  • Qu’est-ce que tu attendais comme réponses ?
    Je ne m’attendais à rien de plus que ce que nous avons eu comme réponses, c’est à dire : pas grand-chose. Par contre, nous avons obtenu des réponses claires et pertinentes de la part des élus de Projet Montréal. On s’est sentis appuyés. Je dis “on”, car j’ai l’impression qu’il s’est créé un mouvement anti-rodéo depuis le mois de décembre dernier.
  • Quels sont les points positifs du mouvement anti-rodéo selon toi ?
    La connexion entre plusieurs citoyen(ne)s qui s’est développée et le fait que les interventions aux différents conseils de ville portant sur le rodéo montréalais ont été diffusées et resteront accessibles via le web. Une chaîne YouTube intitulée AnimalMTL a été créée afin que toutes et tous puissent réécouter les interventions demandant l’annulation d’un rodéoà Montréal. Enfin, tout le monde peut visionner ces interventions à partir du site web de la ville de Montréal. Ce mouvement anti-rodéo est formé à la base d’activistes véganes.
  • Quel a été ton parcours vers le véganisme ?Quelles ont été les étapes ? Y a-t-il eu un déclic ?
    J’ai été végétarienne pendant trois ans. Ça a été une transition : j’ai coupé une protéine animale à la fois. C’est une amie végétarienne, aujourd’hui activiste végane, qui m’a influencée : « tu aimes ton chien, m’a-t-elle dit, mais la réalité des animaux d’élevage, c’est horrible ». Et elle m’a décrit cette réalité de l’élevage. J’ai à cette époque visionné une vidéo d’abattage de chiens exploités pour la viande et ça m’est resté gravé dans l’esprit. Ça m’a brisé le cœur. Depuis, je suis incapable d’en regarder d’autres. Mon amie a fini de me convaincre. Je suis végane depuis trois ans, maintenant. Au niveau de l’alimentation, c’est grâce au « Défi végane 21 jours » que je suis devenue végétalienne, puis végane. Ensuite, même si elle ne parle pas de véganisme, la lecture du livre « Zéro Déchet » de Béa Johnson m’a aidée à « véganiser » ma maison, à remplacer mes produits habituels par des produits DIY ou respectueux de l’environnement et exempts de cruauté animale.
  • Est-ce que tu as connu des animaux domestiques durant ton enfance ?
    Oui : deux grands chiens. Je partage actuellement mon foyer avec un gros toutou de 12 ans. Il s’appelle Tango et il est végane. Mon frère et moi étions très attachés aux deux chiens de notre enfance. Plus jeune, je voulais être vétérinaire. Je suis devenue technicienne en santé animale. Mon rêve s’est éteint lorsque j’ai constaté à quel point ma profession était spéciste. J’ai travaillé dans des laboratoires utilisant des animaux à des fins de recherche médicale durant près de dix ans. J’y ai constaté un énorme gaspillage de temps, de vies animales et de ressources qui pourraient être utilisées pour sauver réellement des vies (humaines et animales). C’est insensé. Près de 4 millions d’animaux sont utilisés et euthanasiés par année au Canada à des fins de recherche. Aujourd’hui nous savons que dans environ 90 % des cas, la recherche sur les animaux échoue à l’étape des tests cliniques, c’est-à-dire sur les humains. Le temps et l’argent devraient être investis sur des méthodes alternatives telles que les tests sur les organes et tissus humains, par exemple : microships, simulation par ordinateur, etc. Bref, je suis retournée aux études pour changer d’orientation professionnelle.
  • As-tu été mise en contact avec des animaux de ferme étant enfant ?
    Non, mais pour moi, les droits fondamentaux de ces animaux devraient autant être respectés que ceux de nos compagnons les plus proches.
  • Y a-t-il des lectures qui t’ont influencée ?
    Oui. Pour n’en nommer que quelques-unes : « Vache à lait » et « Manger avec sa tête » d’Élise Desaulniers. Ces livres m’ont aidée à m’ouvrir les yeux sur la réalité de l’industrie de la viande et des produits laitiers au Québec. Toujours d’Élise Desaulniers : « Le Défi végane 21 jours », guide de référence de l’alimentation végétalienne. « Voir son steak comme un animal mort » de Martin Gibert et « Pourquoi aimer les chiens, manger les cochons et se vêtir de vaches ? Introduction au carnisme » de Mélanie Joy, pour réaliser à quel point la dissonance cognitive est généralisée dans nos sociétés. «  Plaidoyer pour les animaux » de Matthieu Ricard, qui expose la réalité d’une multitude de types d’exploitation animale à travers le monde. « Faut-il manger les animaux ? » de Jonathan Safran-Foer, pour comprendre la réalité de la production animale. Un essai aux tournures littéraires. Il y a aussi « La politique sexuelle de la viande » de Carole J. Adams pour l’intersectionnalité entre l’exploitation animale et celle de la femme. Et puis, pour finir, mais il y en a tant d’autres : « Les cahiers antispécistes » sur le thème de l’antispécisme, et le magazine « Véganes », sur la question de l’intersectionnalité des luttes, avec des articles de références sur la réalité du véganisme au Québec…
  • Des films ?
    « What the health? », « Food Inc », « Cowspiracy », « The Cove », « Blackfish », « Forks over knives », « Live and let live »… Celui qui m’a marqué le plus est« The ghosts in our machine » dont le principal sujet humain est la photoreporterJo-Anne McArthur. J’adore sa touche artistique. Ses photos. La photographie est l’une de mes passions et McArthur est un modèle pour moi.  
  • Et « Earthlings » ?
    « Earthlings », je ne l’ai pas regardé et je n’y tiens pas. L’ironie, c’est que je fais partie d’un groupe ayant lancé le « Défi Cube 3 minutes » qui consiste à faire visionner la bande-annonce du film « Earthlings » à des passants consentants à l’intérieur d’une tente en forme de cube durant trois minutes, près du métro Mont-Royal. Les gens ayant visionné ces images dures, mais réelles, sur l’exploitation animale, peuvent ensuite discuter de leur expérience avec un(e) ou plusieurs activistes bénévoles. Nous avons aussi créé un dépliant pour se nourrir, se vêtir, se divertir et être en santé sans utiliser les animaux.
  • Comment ça se passe, le Défi Cube ?
    En fait, les gens sont informés qu’ils vont voir des images dures, mais ils ne savent pas quel est le sujet. On leur dit : « Vous allez visionner trois minutes d’images difficiles à voir ; ensuite, nous pourrons en discuter ». Les personnes voient donc la bande-annonce d’« Earthlings » et s’ils le désirent, peuvent remplir un questionnaire. Nous leur offrons un cupcake et ils repartent avec un dépliant montrant les différents aspects de l’exploitation animale et les liens vers des alternatives.
  • Ça touche combien de personnes ?
    De trente à quarante personnes en deux heures.
  • En quoi consiste ton alimentation, aujourd’hui ?
    J’aime cuisiner, surtout avec les délicieux légumes de la ferme véganique Les jardins d’Ambroisie et les aliments bios et écolos du groupe d’achat en vrac NousRire! J’ai aussi un faible pour le comfort food. Cela ne me dérange pas de consacrer une bonne partie de mon budget à des aliments de qualité. Je préfère investir sur ma santé tout en respectant les animaux et l’environnement.
  • Et ta santé, est-elle bonne ? Ton changement d’alimentation a-t-il eu un impact sur ta santé ?
    Je me sens très bien. Je me sens forte et pleine d’énergie. Je suis très active. Le vélo est mon moyen de transport principal. Autrefois, 365 jours par année, maintenant plus ou moins 9 mois par année…
  • Le passage au véganisme a-t-il eu un effet sur tes rapports avec ta famille ?
    Disons que les repas en famille ne sont plus les mêmes qu’avant, mais je sens tout de même une ouverture de la part de ma famille. Je crois qu’ils tripent à nous préparer des recettes véganes. C’est comme un défi pour eux.
  • Sur tes relations amicales ?
    J’ai des amis non activistes véganes. Ils connaissent mon point de vue et ils le respectent. J’aime beaucoup les repas entre nouvelles/nouveaux ami(e)s activistes véganes.
  • Quelles sont les valeurs qui animent le véganisme, selon toi ?
    Empathie, respect, activisme, ouverture d’esprit, inclusion.
  • Est-ce que la question de l’empathie se pose de la même façon, selon toi, s’il s’agit d’animaux ou s’il s’agit d’humains ?
    J’ai autant d’empathie pour les humains que pour les animaux. Il n’y a pas de différence, selon moi.
  • Je reviens sur notre point de départ. Tu es engagée dans de nombreuses actions. Tu peux développer ça ?
    Tout d’abord, je milite pour faire améliorer les normes de sécurité incendie dans les fermes au Québec, avec l’organisation Canadienspour un traitement éthique des animaux de fermes (CETFA) : création, partage et mise à jour d’une pétition, publications sur les réseaux sociaux, recherche d’informations, le but étant de rencontrer le MAPAQ pour présenter la problématique. Le MAPAQ n’impose actuellement aucune norme aux producteurs. Nous proposons d’en instaurer huit en matière de sécurité incendie sur les fermes au Québec : matériaux ininflammables, portes coupe-feu, détecteurs de fumée et de chaleur, etc. Ceci n’implique pas la fin de l’exploitation animale, mais nous devons nous préoccuper des animaux qui meurent atrocement dans des incendies… Ensuite, je participe aux actions citoyennes contre la tenue du rodéo dans le cadre des festivités du 375e anniversaire de Montréal : questions aux conseils de ville, montages vidéo des différentes interventions d’activistes, vigiles, manifs avec Association Terriens et KARA, publications sur les réseaux sociaux, envoi de courriels, pétitions, création d’une chaîne YouTube. Je participe aussi aux actions contre les calèches à Montréal : questions au conseil de ville, plaintes auprès du MAPAQ et de la municipalité, publications sur les réseaux sociaux, envoi de courriels, pétitions, vigiles et manifestations avec Anti-calèche défense coalitionet Association Terriens.
  • Les chiens touchés par la LSR aussi ?
    Oui. Il y a des actions contre la LSR : création et partage d’une pétition proposant des solutions progressistes en matière de gestion animalièreavec Projet Montréal, publications sur les réseaux sociaux, envoi de courriels, pétitions, participation à des manifestations, partage de la campagne MonchienMafamillede la SPCA de Montréal… J’ai également participé à la Marche pour la fermeture des abattoirs ces deux dernières années ainsi qu’à des vigiles anti-fourrure avec KARA.
  • Autre chose ?
    Je fais aussi partie du Comité organisateur du convoi végane activiste Ma Voix Pour Eux pour le Défilé de la Fierté à Montréal qui a lieu le 20 août au centre-ville de Montréal. L’évènement est ouvert à toutes et tous et se veut très inclusif.
  • C’est tout ?!
    J’ai aussi fait du bénévolat pour la SPCA de Montréal avec l’équipe Petfinder : il s’agit de prendre des photos d’animaux disponibles pour adoption, de créer et de publier des textes et des photos afin que ces derniers se fassent adopter plus rapidement.
  • Je souhaiterais avoir ton avis sur l’état du mouvement végane aujourd’hui. Est-ce qu’il y a une unité du mouvement ou perçois-tu des divergences ?
    On sent qu’il y a parfois des divergences. Ce n’est pas parce que l’autre est végane que tu vas nécessairement bien t’entendre et approuver sa vision de la vie.
  • Quelles sont les forces du mouvement végane ?
    La convergence des luttes. Je crois que c’est une cause rassembleuse de personnes de tous horizons.
  • Qu’est-ce qu’il faudrait changer ou promouvoir ?
    Arrêtons le jugement et les divergences. Nous devrions toujours nous rappeler que nous nous battons pour les « sans voix ». 
  • Quel est ton point de vue sur l’opposition welfarisme/abolitionnisme ?
    Je suis abolitionniste, mais je milite aussi pour des causes welfaristes. L’un n’empêche pas l’autre. Par exemple, je suis pour l’amélioration des normes de sécurité incendie sur les fermes au Québec, bien que je sache que cette action n’est pas abolitionniste, car elle implique de continuer la production animale. Cependant, je crois que cette réalité devrait être signalée au MAPAQ et qu’il faut que les animaux arrêtent de mourir dans ces conditions atroces. Je crois aussi que la lutte pour les droits des animaux passera nécessairement par le politique et le juridique.
  • Je continue sur cette opposition. Quel est ton point de vue sur les caméras ? Certains pensent que l’installation de caméras dans les abattoirs serait la première étape vers une diffusion large des images, favorisant ensuite une prise de conscience allant dans le sens d’une abolition future. D’autres pensent qu’il s’agit d’une mesure welfariste qui ne fera que rassurer les gens sur le respect des normes d’abattage, etc.
    Je crois que ce serait une bonne idée. Je suis d’accord avec la proposition stratégique d’Étienne Harnad, professeur en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), au sujet d’une élimination graduelle de l’exploitation animale. En première phase, il s’agirait d’installer des caméras dans les lieux de reproduction, de confinement et de production des animaux et d’en permettre l’accès complet à tout le monde sans exception. En deuxième phase, il s’agirait d’imposer une taxe graduelle sur la production, la vente et la consommation de produits animaliers pour favoriser la transition vers un système respectueux des animaux humains et non humains et de l’environnement. Enfin, il s’agirait d’offrir des incitatifs monétaires aux producteurs, vendeurs et consommateurs qui proposent et consomment des alternatives à l’utilisation des animaux.
  • Quel est ton point de vue sur la critique que certains font des campagnes ciblées ?
    C’est leur choix. C’est aussi contre-productif que de dire que nous ne devrions pas défendre les droits des animaux, car il y a déjà trop de misère dans le monde. Il n’y a pas de science exacte. Si tel était le cas, nous aurions déjà réglé la question de l’exploitation animale.
  • Certains antispécistes disent que s’attaquer à la fourrure fait passer le message que le cuir et la laine ne posent pas de problème. On accuse même les anti-fourrures d’être sexistes… Il y a boycott par certains activistes des actions contre Canada Goose, par exemple. Tu en penses quoi ?
    Idem, tu peux militer pour l’abolition de la fourrure tout en militant pour l’abolition du cuir et de la laine. Militer pour une campagne ciblée n’empêche pas de militer pour une campagne antispéciste.
  • Quel est ton point de vue sur cette idée que la « stratégie de la conversion individuelle » est insuffisante ? Avec sous-entendue cette autre idée que ça prendra des siècles pour changer les mentalités…
    Je crois que la stratégie individuelle est importante, mais que la lutte pour les droits des animaux passera nécessairement par le politique et le juridique.
  • Quel est ton point de vue sur l’idée que toutes les luttes sont liées (idée d’intersectionnalité des luttes), qu’il faut lutter contre toutes les oppressions à la fois ? Dans cette perspective, l’antispécisme serait en partie lié au féminisme, le combat des minorités (homosexuels, lesbiennes, trans), etc. Cette intersectionnalité est-elle rassembleuse ou au contraire ne divise-t-elle pas les gens ?
    Je suis pour l’intersectionnalité des luttes. Il y a des gens de tous horizons qui se battent pour la même cause dans le mouvement végane. Si nous sommes contre l’exploitation des animaux, nous devrions être contre tout type d’exploitation. La discrimination s’applique à tout être sentient.
  • Et le parallèle avec le combat féministe ?
    La discrimination envers les femmes est toujours vraie au Québec. Quant aux femelles animales, elles sont plus exploitées que les mâles. Exploitées pour leur corps. Il faut lire « La politique sexuelle de la viande ».
  • Quel est ton point de vue sur les partisans de la non-violence qui condamnent l’action directe comme celles de 269Life ou le blocage des camions, etc. ?
    Non, je ne pense pas que ça nuise à la cause. Tant que ces actions ne briment pas les droits fondamentaux d’autres êtres sentients (humains et non humains), je n’ai pas de problème avec ça. Pour ma part, je suis une activistepacifique. Offrir des alternatives plutôt que critiquer ou condamner.
  • Merci Rocksan.

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